Macarios commence ainsi: «Ces choses (relatées) jusqu’ici furent écrites par ceux qui ont été avant nous, qui les ont rédigées avec amour et sagesse, pour qu’il en résulte du bien, et nous les ont laissées avec honneur à nous, leurs enfants »42. Donc Macarios, écrivain officiel de la cour, reconnaît dans l’auteur des chroniques des princes de Moldavie du siècle précédent l’initiateur de son ouvrage, son labeur n’est que la continuation de son œuvre, il est « l’enfant » des auteurs qui l’ont précédé. Ce lien de continuité prouve que la chronique du XVeme siècle a été elle aussi écrite dans les mêmes conditions dans lesquelles écrivait Macarios, c’est à dire en qualité de croniqueur officiel de la cour princière. Ces mêmes conclusions s’imposent à la suite de l’analyse de la chronique du XVème siècle. Ainsi le tremblement de terre de 1471 s’est produit « quand le prince prenait son repas de midi». Nous avons ici une observation due à un témoin oculaire, rattachant le tremblement de terre au souvenir du repas du prince auquel il a assisté43. Parlant du butin pris par Etienne le Grand sur les polonais, le chroniqueur énumère par catégories: « Les grands canons et d’autres plus petits, et de plus petits encore en si grand nombre qu’il n’est guère possible de les énumérer ». Celui qui parle a vu la butin et pourrait en dresser l’inventaire, mais ne veut pas allonger le récit44. D’autres détails trahissent également un témoin oculaire qui se trouve à l’armée et non un moine cloîtré dans quelque monastère. « En ce même jour on mena devant Etienne six polonais faits prisonniers, trois d’entre eux il les envoya au tzar turc (= au sultan) et pour les autres trois il ordonna qu’ils fussent pendus »45. Il ne s’agit pas ici d’un fait mémorable, mais d’un petit incident directement perçu. Le fait même que la chronique désigne les dates, non seulement par les jours du mois, mais aussi par-ceux de la semaine, indique un participant direct, et non un moine au fond d’un monastère où les nouvelles n’arrivent que tard et sans trop de précision. Le chroniqueur indique parfois aussi le moment de la journée où se sont passés les événements: «le samedi au soir » (bataille de Lenteçti) «vendredi matin » (prise de Chilia)46. Il sait qu’après la victoire de Yaslui sur les turcs il y eut grande joie «chez les princes voisins et chez tous le chrétiens»47, allusion aux félicitations reçues par le voévode Etienne de la part du pape, du roi de Hongrie Mathyas Corvin, etc. ce qui dénote que l’auteur est une personne point étrangère à la chancellerie princière. Les guerriers d’Etienne le Grand sont énumérés par groupes différents : « les chevaliers, les boïars, les jeunes gaillards, la troupe d’élite, les hussars»48. D’un intérêt réel est aussi le fait que l’auteur de la chronique reproduit le cri même entendu par lui à l’entrée du voévode Etienne à Suceava après sa victoire, quand tous couvrant leur seigneur de bénédictions, clamaient: «Longue vie au voévode.»49 42 I. B o g (1 a n, Letopiseful lui Azarie p. 15‘2. 13 Idem, Cronici inedite, p. 39. 44 Ibidem, p. 46. 45 Ibidem, p. 46 46 Ibidem, p. 46 et 37. 47 Ibidem, p. 41. 48 Ibidem, p. 41. 49 Ibidem, p. 41. 157