rî, i. En Moldavie (puis en Bucovine et en Bessarabie) les Roumains rencontrèrent les Ukrainiens dont la langue accuse une tendance de fermeture plus décidée des voyelles (tant accentuées que non accentuées) o, e, ëLes Ukrainiens, en apprenant le roumain, soumirent les mots de la langue roumaine à cette tendance, fermant les voyelles à et e non accentuées et les amenant ainsi au stade â, i. Mais les voyelles accentuées ont résisté, n’ayant pas été soumises antérieurement à cette tendance de fermeture de la part des parlers bulgares21. Nous croyons, pour notre part, que la fermeture des voyelles â, e dans le sous-dialecte moldave est due à une influence ukrainienne, mais à notre avis l’explication n’est pas celle formulée par G. Reichenkron. En premier lieu les Roumains ont peuplé la Moldavie en suivant une direction Nord-Sud et non pas Sud-Nord. En second lieu si nous rattachons directement la transformation â, e > â, i à la fermeture des voyelles ukrainiennes, o et e en syllabes fermées nouvelles et ë, tant accentuées que non accentuées, nous pourrions être en droit de nous attendre à ce que les voyelles roumaines soient soumises au même traitement que celles de l’ukrainien et, par exemple, qu’elles subissent cette transformation aussi en position accentuée, et que parmi elles figure aussi la voyelle o en syllabe fermée, ce qui n’est pas le cas. A notre avis le phénomène â, e > â, i est strictement lié à l’aphonisation dans ce sous-dialecte, des voyelles et même des syllabes non accentuées, notamment des syllabes finales. Parmi les matériaux de l’ALR figurent de nombreuses formes dans lesquelles les voyelles finales, et parfois même les voyelles intérieures, sont à peine perçues i2. Ces deux phénomènes sont indiscutablement conditionnés par l’accent. Ce qui signifie que dans le sous-dialecte moldave l’accent est plus fort que dans le reste du pays, de sorte que les syllabes non accentuées, et en premier lieu les finales s’aphonisent et que les voyelles se ferment. Nous songeons donc à une influence ukrainienne en ce qui concerne la force de l’accent, la concentration de l’énergie expiratoire sur la syllabe accentuée, au détriment des autres syllabes, surtout finales. Malheureusement, outre l’absence d’études spécialement consacrées à l’accent dans les dialectes roumains, nous sommes également dépourvus de travaux reposant sur un matériel sûr traitant de l’accent dans les dialectes ukrainiens. Les constatations de ceux qui se sont occupés de ce problème touchant les dialectes ukrainiens ne sont point concluantes. Nous retiendrons pourtant que dans certains dialectes ukrainiens du Sud-Ouest, comme par exemple ceux de Podolie, la fermeture des voyelles non accentuées leur réduction allant jusqu’à leur complète disparition, sont nettemeut attestées23. Quant à la fermeture des voyelles -â, -e, dans l’Est de la Valachie et en Dobroudja, elle pourrait être causée par l’influence des parlers bulgares, comme 20 Dans beaucoup de parlers ukrainiens, ainsi que dans la langue littéraire, ces trois voyelles sont arrivées au stade i. 21 G. Reichenkron, dans « Zeitschritt fiir slav. Phil. * XVIII, p. 413 — 414. 22 Par exemple: pop«$oi < maïs » (ALR, série nouvelle, vol. I, carte 92), pàpu^ (de porumb) (ibid., carte 105, point 520), pustj' < pustie • déserte » (ibid., carte 150, point 537). Voir J. Z i 1 y A s k i, Oois fonetyczny jfzyka ukrai'skiego. Gracovie, 1932, p. 165 — 167; F. T. Zyiko, Narysy z dialektolohiji ukrajinskoji movy, Kiev, 1955, p. 124 — 125. 38