le suppose G. Reichenkron. Il ne faut pas oublier non plus que dans ce même aire du Sud—Est du pays apparaissent aussi des toponymiques d’origine ukrainienne (v. plus haut). ★ L’une des particularités caractéristiques du parler de la région du Criç est la présence du phonème / correspondant au g et / (dans les mots d’origine latine) de la langue littéraire et du sous-dialecte valaque (fuje: juge, joc: joc). Soulignons que sur toute la surface d’expansion de cette prononciation l’affriquée c est conservée (face), donc ce n’est qu’ici qu’on ne trouve pas de parallélisme entre c et g. Nous ne doutons pas que dans cette région aussi on a sûrement prononcé jadis g au lieu de ce j, comme dans les parlers voisins, donc luge, goc. Miis l’évolution g > j ne peut pas s’expliquer par les lois internes de développement de la langue roumaine. Par la disparition de l’élément occlusif de l’affriquée g on serait arrivé au stade z (fuge> fuze), comme dans le sous-dialecte moldave, et non au son /. D’ailleurs nous supposons que dans le sous- dialecte de la région du Criç g a effectivement évolué de même vers z comme dans la région voisine de l’Est. Les Magyars bilingues, ne pouvant prononcer le son z, qui n’existe pas dans leur langue, l’ont remplacé par le son le plus rapproché de leur langue, j (*fuze, *zoc> fuje, joc). Cette prononciation a été ultérieurement adoptée aussi par les Roumains 4. De la sorte, dans le sous-dialecte de la région du Cri§ / cumule les fonctions de deux phonèmes de la langue littéraire et du dialecte valaque: g et /. Une autre caractéristique de ce sous-dialecte est la prononciation ç (ou â) au lieu de la diphtongue monophonématique °a (comme elle est nommée dans la Grammaire de la langue roumaine de l’Académie de la République Populaire Roumaine) : cçsâ, bçlâ. Cette prononciation aussi procède des Migyars qui, ne posédant pas cette diphtongue, l’ont remplacée par la voyelle a (prononcée â : hong. ma = ma « aujourd’hui ») 26. ♦ Dans le sous-dialecte du Maramureç les sons correspondants aux affriquées c, g de la langue littéraire se prononcent plus durement que dans les autres sous-dialectes daco-roumains : leur élément fricatif est ÿ, respectivement /, de 21 I. Pâtruj, dans « Studii §i cercetàri lingvistice » IV, p. 212—215. Dans cet article nous avions penché pour une explication différente: le stade précédant celui d’aujourd, hui aurait été g, d’où l’on serait passé directement, grâce à la contribution magyare, à / (fuj>e > fuje), ibid., p. 213, 215). Nous préférons aujourd’hui la solution g > z >/, à l’appui de laquelle nous apportons le fait suivant: Dans le centre et au Nord de la Transylvanie, comme aussi à l’Est des Garpathes » s’est palatalisé en z (vis « rêve »> zis). Mais au lieu de ce z parait j (jis), surtout dans les localités voisins de l’aire d’expansion de j (cf. ALR, vol. I, carte 73, points 255, 257 et 231 ; lisez < visez « je rêve »; ibid., vol. II, carte 281, points 257 et 231 : jiu < viu « vif »). Il est évident que dans ce cas aussi la substitution de ï par j accuse toujours une influence magyare. Ajoutons qu’on explique de même la palatalisation de f en ? (au lieu de s) fere < fiere „fiel“ (ibid. vol. I, carte 47, points 255, 257 et 231), fin < fin «filleul» (ibid., vol. II, carte 218, mêmes points que précédemment). ** I. P â t r u t, dans «Studii $i cercetàri lingvistice* IV, p. 212. 39