•comme ses devanciers qu’il cite, il considérait ce mot comme hérité du slave primitif, et dans cette langue il le considère hérité de l’indo-européen primitif. Il reconstituait donc un mot slave primitif *loukchrta, *luchna, qu’il tirait de l’indo-européen primitif *louq-s-na (la racine *leuq-). Il n’omettait pas d’invoquer également les correspondances relevées avant lui par certains savants déjà cités par nous: av. raoxsna, «lumière» (mais que Walde et Pokorny traduit-sent par « brillant »), lat. luna (prénestin Losna) «lune », v. irl. luari, Ion «lune (mais selon Walde, Lat. etym. Wort., Il-e édit., 1910, également «lumière») et v. pr. lauxnos «astre», «étoile», «constellation», et, en affirmant que « das slav. Wort ist gewiss nicht aus lat. luna entlehnt », il ajoutait: « doch konnte da, wo die Bed. « Mond » nicht oder nicht mehr volkstümlich ist, das lat. luna diese gehalten oder beeinflusst haben ». Par conséquent l’auteur met en doute le fait que le sens « lune » serait hérité du slave primitif par toutes les langues slaves et il admet comme possible une influence latine là où ce sens a été conservé ou a jadis existé. Mais cela revient à admettre comme probable une influence latine sur les langues polabe, tchèque, polonaise, russe, serbe €t bulgare, c’est-à-dire sur presque toutes les langues slaves. En se rapportant seulement au polonais, Briickner a admis comme certaine l’influence du latin, quant au sens « lune » du mot en question. Dans son Slownik etymologiczny jçzyka polskiego, p. 314, le savant polonais considère, comme Berneker, le mot polonais luna (ce qui signifie considérer également les mots correspondants des autres langues slaves) comme étant d’origine slave primitive. Mais, contrairement à Berneker, qui ne repousse pas tout à fait l’idée que le sens de « lune » ait pu exister dès l’origine dans les langues slaves, il croit que le sens slave primitif de ce mot était uniquement celui de « lumière », « éclat », que l’on trouve en polonais, en tchèque, en russe et en ukrainien. Il fournit aussi d’autres précisions : le mot luna ayant le même sens que « lune » dans l’ancien polonais (« entre le XlV-e et le XVI-e siècle à partir de l’époque du psautier Florianus jusqu’à Paprocky ») est «un emprunt à demi littéraire » fait au latin, même si ce mot se retrouve avec le même sens dans l’ancien slave et s’est conservé chez les Russes, les Serbes et les Bulgares, jusqu’à présent. Brückner aurait pu étendre sa théorie au vieux tchèque, où le sens de «lune», aujourd’hui disparu, existait aussi. Il est évident que cet auteur songe à une influence du latin du moyen-âge et de celui de la Renaissance. La théorie d’une influence latine littéraire devait faire fortune surtout lorsqu’il s’agissait du russe, langue dans laquelle ce mot signifie aussi et a toujours signifié « lune », et où une influence latine populaire ou populaire romane paraissait exclue. Usakov, Tolkovyj russkji slovar’, II. p. 95, admet l’origine latine du mot russe, qu’il considère comme étant d’origine littéraire. Cela revient à admettre que l’influence latine s’est exercée non pas dans la péninsule balkanique, par la voie populaire, et par conséquent entre les Vl-e et IX-e siècles, mais plus tard, par la voie littéraire et par l’intermédiaire du latin médiéval ou bien par celui de l’époque de la Renaissance et des XVII-e et XVIII-e siècles. Usakov ne s’occupe que du mot russe, de sorte que nous ne savons pas si ce qu’il en dit est valable aussi, selon lui, pour les mots correspondants des autres langues slaves. Mais sa théorie ne peut être étendue qu’au polonais et au tchèque anciens, ainsi qu’au polabe, et nullement aux autres langues slaves, telles que 45