cernent de l’autorité princière ne s’est pas fait sans luttes. Quoique le facteur le plus important du renforcement de l’autorité centrale réside dans l’évolution économique de la société féodale, pourtant on ne doit pas négliger non plus la lutte du prince pour raffermir cette autorité vis à vis d’une partie des grands boïars 59. L’autorité du prince s’accroît à l’intérieur aussi à la suite de ses victoires et du prestige acquis dans la lutte pour l’indépendance du pays contre les turcs, les hongrois et les polonais. Ce n’est que dans cette phase de la monarchie féodale et en rapport avec les problèmes intérieurs et extérieurs qui surgissent à ce moment, que l’apparition d’une pareille chronique destinée à renforcer l’autorité princière à l’intérieur vis à vis des boïars et du pays et à servir à l’exterieur le prestige du prince vis à vis de l’opinion des pays étrangers, trouve sa raison d’être. LA CHRONIQUE COMME INSTRUMENT DE LA DIPLOMATIE PRINCIÈRE. Les chroniques officielles avaient un double rôle: à étayer au dehors les arguments de la diplomatie princière vis à vis de l’étranger, et à soutenir à l’interieur l’autorité princière à l’égard de la noblesse. Nous parlerons d’abord du premier de ces rôles qui est d’une documentation plus aisée. Nous avons cité plus haut un exemple de l’histoire russe montrant la manière dont le grand cnèze Ivan III, justifiait l’action contre la ville de Novgorod par l’exemple des injustices consignées dans la chronique officielle. En Moldavie aussi les chroniques ont servi d’instrument diplomatique: en 1565 l’ambassadeur polonais Nicolas Brzeski envoyé à la Porte pour des négociations concernant la Moldavie prend à son passage par la ville de Iassy la chronique moldavo-polonaise comme instrument diplomatique60. En 1700 un autre ambassadeur polonais Raphaël Leszczynski, se rendant à Constan-tinopole emporte de Iassy une copie de la chronique polonaise de Miron Costin61. En 1597 le chancelier de Pologne Jean Zamoyski écrivait un logothète moldave Luca Stroici « Je prie fort ta seigneurie de m’envoyer la chronique de la Moldavie que tu a bien voulu me promettre 62 ». Cet homme politique polonais ne nourrissait pas un intérêt purement littéraire pour les chroniques, mais il voulait s’armer des données nécessaires de l’histoire pour diriger son action politique. Les traductions allemendes, polonaises et russes de la chronique moldave du XVème siècle furent faites en vue de fournir des éclaircissements diplomatiques aux pays étrangers. La chronique « moldavo-russe » est intercalée dans les annexes de la chronique russe. Voskresenskaia Letopis, chronique officielle des grands cnèzes de Moscovie. A la suite de l’établissement des liens de parenté et de l’alliance matrimoniale des maisons régnantes de 59 Cf. pour la politique intérieure d’Etienne le Grand, Barbu C t m p i n a, Cerce-târl cu privire la baza socialâ a puterii lui ÿtefan cel Mare, dans le volume « Studii eu privire la §tefan cel Mare », Bucarest 1956, p. 11—111. 60 C f. P. P. P a n a i t e s c u Cronica moldo-polonâ , dans la « Revista Istorici rominà » I, 1931, p. 118-121. 61 M. Costin, Istoria in versuri pelone, ed. par P. P. Panaitescu. Mémoires de I Académie Roumaine sect. hist. III. série 1929, p. 366 — 367. 6i J. M a c ù r e k, Slované v pojeti starHch rumunskÿch kronikdrü dans « Sbornik I Bidla » Prague, 1928, p. 124. U — 158 161