sorte que lorsqu’ils sont suivis des voyelles i et e, celles-ci se transforment en î, respectivement â. On les trouve notées dans l’ALR par les signes c (jacâ), g (¿âme) (v. la carte 1). Nous avons montré ailleurs que cette prononciation accuse une influence ukrainienne-6. Cette affirmation exige certaines précisions supplémentaires. L’influence ukrainienne n’est possible que pour l’affriquée c dont la prononciation dure est attestée aujourd’hui aussi dans les dialectes ukrainiens du Maramureç, à l’Ouest de Rona, comme aussi dans ceux voisins de l’Ukraine Sous-carpathique, sur une région assez étendue, allant de la Tissa Noire vei s l’Ouest-7. Quant à l’affiiquée sonore, nous devons observer qu’elle n’existe dans les parlers ukrainiens carpathiques, comme réflexe de l’ancien dj, qu’à l’Ouest de la rivière de Latorica -8. Dans ceux du Maramureç ou des régions voisines elle n’apparaît pas (sauf peut-être, dans quelques mots isolés, et seulement par assimilation, etc.) Par conséquent le durcissement g > g du sous-dialecte du Maramureç peut s’expliquer ainsi : l’affriquée g a été attirée par sa correspondante sourde: c > é, donc, à son tour g> g, puisque c’est chose peu commune qu’une affriquée soit dure et que sa correspondante soit palatale. Nous considérons que la particularité la plus frappante du sous-dialecte du Maramureç est l’évolution des labiales /, v palatalisées en s, z (sin = fin, zin =vin) (v. la carte 2). Le stade immédiatement antérieur à celui d’aujourd’hui a dû être ici aussi, comme dans la région avoisinante du Sud, s, z (*sin, *zin). Les Ukrainiens, n’ayant pas dans leur langue de sons semblables, ont remplacé, en apprenant le roumain, les sons s, z par les sons s et z palatalisés (*sin >sin, *&in> zin). Cette prononciation s’est répandue aussi dans le parler des Roumains 29. ★ Donc, dans chacun des cinq sous-dialectes daco-roumains, une ou même plusieurs particularités phonétiques caractéristiques sont dues, à notre avis, à des influences étrangères: dans le valaque le durcissement des dentales t, d, n devant les voyelles antérieures est dû à l’influence bulgare ; dans le moldave la fermeture des voyelles â, e vers î, i, à l’influence ukrainienne ; dans celui du Banat la prononciation d, d, n à. l’influence serbe ; dans celui de la région du Criç la transformation â (< /, ainsi que le stade t',d',n< t, d, n quand ils sont suivis de voyelles antérieures, et la prononciation de la diphtongue monophonématique °a comme ç, à l’influence magyare ; dans celui du Mara- -6 Idem, dans « Dacoromania » XI, p. 59. 27 I. P a n k e v y c, Ukrajinski hovory Pidkarpatikoji Rus y i sumeznych oblastej, Prague, 1938, p. 134 seq., et carte no. III, annexée. 28 Idem, ibid., p. 115. 29 Dans certaines localités du Maramureç on entend aussi un 1 vélaire (l) (cal). Cette prononciation qu’on rencontre aussi chez les Moldaves d’au-delà du Prut, surtout le long du Dniestr accuse également une influence ukrainienne (v. I. P â t r u (, dans « Dacoromania » XI, p. 58). 1,’influence ukrainienne du Nord-Ouest du pays ne se borne pas uniquement au sous-dialecte du Maramureç. Il existe des toponymes à phonétisme slave oriental plus au Sud (comme Hovrila, Luçca), jusqu’à la Région autonome magyare (hong. Herec < Horeé) (v. E. P e t r o v i c i dans « Limba rominü » I, no. 1, p. 23). Ces toponymes sont les vestiges d’une autre couche ukrainienne plus ancienne (Luçca est attesté en 1393, v. E. Petrovici dans « Dacoromania » X, p. 251). 40