Comme l’a montré A. N. Yeselovskij (Razyskanija, XIV, pp. 270—280, dans le «Sbornik otdelenija russkogo jazyka i slovesnosti », XLVX, 1890; chez Niederle, II, pp.132—133), l’évolution sémantique est partie du fait que, pendant les fêtes en question, des personnages féminins exécutaient des danses rituelles de tradition bacchique. Ces personnages féminins reçurent probablement le nom de rusalky, qui s’est ensuite étendu aux fées, aux âmes des enfants morts et des femmes mortes dans leurs jennesse. Comme on l’a reconnu si souvent jusqu’ici, le terme slave kolçda, koleda, koljada, qui n’est que le nom de la principale fête d’hiver des Romains, Calendae, ainsi que le terme slave Trojanü, nom d’un dieu, prouvent une influence du monde payen romain sur les Slaves. L. Niederle (Manuel de l’antiquité slave, II, p. 146; cf. aussi Ziv. star. Slovanù, II, p. 125) croyait que le nom du dieu slave Trojanü (il apparaît chez les Russes au XH-e siècle, dans Le dit de l’armée d’Igor) avait pénétré chez le Slaves immédiatement après la conquête de la Dacie par Trajan, lorsque la renommée du vainqueur est parvenue dans la patrie primitive des Slaves, où l’empereur romain a été déifié. Cela paraît également plausible du fait que les empereurs romains étaient .divinisés (quoique cette divinisation n’était possible que dans le cadre de l’Etat romain). Un emprunt plus tardif semble difficile à admettre car la prononciation de ce mot dans le latin populaire aurait du être Trazanu, Traganu (cf. P h i 1 i p p i d e, Originca Ronûnilor, I, p. 726, et II, p. 205—106, notes). Pourtant, d’autres faits nous déterminent à admettre que nous sommes en présence d’un emprunt plus tardif, remontant au Vl-e siècle environ. Tout d’abord, ce teime ne peut pas être séparé du mot roumain troian «vallum», «fossé avec repli »(de terrain) ' (d’où aussi troian de zâpadâ7 «amas de neige », qui est d’origine slave. Mais ce dernier sens n’a pu être connu par les Slaves qu’au moment de leur arrivée aux frontières de l’Empire, donc au Vl-e siècle. On est certainement parti de l’idée que le vallum roman avait été fait par Trajan, le conquérant de la Dacie, auquel on attribuait d’ailleurs, à cette épeque, toutes les constructions de quelque importance de la péninsule des Balkans (cf. Jireëek, Geschichte der Serben, I, p. 57•—58, et B ogre a, « Dacoromania », III, pp. 420—421), de même que les Moldaves attribuent au règne d’Etienne le Grand, tous les tumulus que l’on trouve sur les collines. En second lieu, chez les Slaves, seul un personnage romain auquel la population romane de la péninsule balkanique avait conféré les attributs divins pouvait devenir dieu, et c’était justement le cas de Trajan parmi les populations romanes de la péninsule balkanique (cf. ouvr. cité). 11 nous est diificile de concevoir que Trajan ait pu devenir un personnage mythique en dehors des frontières de l’Empire romain, chez des peuples du voisinage immédiat de l’Empire, comme les Daces libres et les Slaves. Les Slaves n’ont pu connaître un tel personnage mythique que lorsqu’ils eussent noué des relations étroites avec la population romane du Moyen et du Bas-Danube, par conséquent au Vl-e siècle. C’est alors que les vallr.ms romains eux-mêmes lurent attribués â Trajan. Plus tard le mot ne lut plus utilisé pour désigner 7 Dans certaines régions, également «chemin», «rue» (cf. P h i 1 i p p i d e, Orig., I, P- 725 — 726, et Bogrea, «Dacoromania», III, p. 421 — 422). d’où peut même provenir le sens de « fossé avec vallum ». 50