G. Iväncscu LES PLUS ANCIENNES INFLUENCES DE LA ROMANITÉ BALKANIQUE SUR LES SLAVES: LUNA „LUNE“, LUNATIK „SOMNAMBULE“, ETC. Dans presque toutes les langues slaves on trouve le mot lunà, avec différentes variantes d’une langue à l’autre, variantes qui rappellent le terme latin luna, aussi bien par l’identité ou la ressemblance phonétique, que par le sens, car on retrouve exactement la signification du mot latin dans certaines langues slaves. Ainsi : en v. slave luna « lune » ; en russe lunà « lune » (en dialecte: «éclair (sans foudre ou tonnerre)», «faible lumière dans le ciel»); en ukrainien lunà «reflet de la lumière», «écho»; en bulgare lunà «lune », «grain de beauté»; en serbo-croate lûna «lune»; en tchèque luna «rayon», «reflet de la lumière », autrefois aussi « lune » ; en polonais luna « flamme », « brasier », «éclat du feu», lumière du feu», «rouge ardent», autrefois aussi «lune»; en polabe làuna « lune » voir E. Berneker, SEW, I, p. 745). On trouve également dans les langues slaves des dérivés de ces termes. Déjà Miklosich (Lexicon palaeoslovenico-graeco-latinum, Vienne, 1862—-1865, p. 344) dérivait le mot slave de la racine (luk- «luire», «briller») et le considérait donc comme appartenant au vieux fonds de mots indo-européens — c’est-à-dires hérité de l’indo-européen primitif — des langues slaves. (Il est vrai pourtant que, dans son Etymologisches Wörterbuch der slavischen Sprachen, Vienne, 1866, p. 176, le grand slaviste était plus circonspect: «Man pflegt luna auf lukna züruckgehen ».) On retrouve l’opinion de Miklosich, avec des matériaux comparatives plus riches et une reconstruction plus exacte de l’aspect phonétique et morphologique initial du mot, chez les indo-européa-nistes: Fick, Vergleichendes Wörterbuch, I, p. 534, KZ, 18, p. 418, Kretschmer, Geschichte der griechischen Sprache, p. 151, Brugmann, Grundriss, I, I-e édition p. 345, Meillet, Etymologie et vocabulaire du vieux slave, p. 130 et 444, et Walde-Pokorny, Vergl. Wörterbuch des ind. Spr., II, p. 408—409 (ils reconstituaient un *louksna, où l’on a aussi le suffixe -s-). Cela revient à considérer également le sens de « lune » comme appartenant au slave primitif. Les slavistes1 ont une autre opinion au sujet de ce mot. Il semble que ce fut Berneker, SEW, loc. cit., qui l’a exprimée pour la première fois. Tout 1 Mladenov, EmuMOAoamecKU u npaeonucen pennuK na ÔT>AzapcKUH KnuoKoeen je3UK, Sofia, 1941, p. 280, suit Miklosich et les indo-européanistes. 44