Quant à déterminer d’une manière moins vague le moment du règne du voévode Etienne où fut rédigée cette chronique princière, bornons nous à constater que les dernières huit années de son règne (1496—1504) y trouvent un développement excessif, en disproportion flagrante avec la place qu’y occupent les années précédentes. Nous pourrions donc admettre l’existence d’annales princières plus brèves allant jusqu’en 1486, suivie d’une lacune de neuf ans qui aboutit à leur reprise par un autre auteur, traitant des événements de 1496 jusqu’à la fin du règne. Comme le style de. ces deux parties est identique, nous croyons que c’est le moment où a du s’effecteur aussi un certain remaniement de la première partie. La chronique étant écrite à la cour et notamment du vivant d’Etienne le Grand et sous ses yeux, elle a un indéniable caractère officiel. Nous avons le droit de tirer toutes les conclusions découlant de ce fait, aussi importantes pour l’histoire de la culture littéraire slavo-roumaine qui n’est pas à ses débuts une culture ecclésiastique, mais laïque, comme pour le sens même de la chronique, qui ne peut manquer dans ces conditions de refléter le point de vue politique du voévode Etienne. La chronique n’est pas seulement celle du temps d’Etienne le Grand, mais elle est la chronique même d’Etienne le. Grand. Cette conclusion à laquelle nous sommes arrivé repose sur des preuves matérielles; nous avons démontré par la comparaison des textes qu’à la base de toutes les chroniques du XVème siècle se trouve un texte unique, et que ce prototype n’à pu être écrit que du temps d’Etienne le Grand. Comme il s’agit d’une chronique unique destinée également à informer l’étranger, il ne peut plus être question d’une chronique de monastère, mais bien d’une chronique de cour. Nous avons prouvé également par la critique du texte et la méthode comparative que cet ouvrage a été écrit à la cour et non dans un monastère. D’ici il résulte que la variante la plus proche du prototype nous met en présence de la chronique officielle du voévode Etienne. Si nous avions procédé à l’inverse, reconstituant d’abord la personalité et l’ensemble d’idées de ce prince, pour les confronter ensuite au témoignage de la chronique, nous n’aurions pas usé d’un procédé scientifique, faisant la preuve des faits par des arguments palpables, mais nous aurions soumis les textes à nos jugements d’aujourd’hui sur l’époque de voévode Etienne. Ce n’est qu’après avoir assuré une série de points d’appui solides que nous pourrons mettre en regard la politique du prince et le texte de la chronique. LA CHRONIQUE SLAVE DE MOLDAVIE EN RAPPORT AVEC LA SOCIÉTÉ FÉODALE DU XVème SIÈCLE. Les commencements de l’historiographie slavo-roumaine ne peuvent, croyons nous, être expliqués de manière idéaliste et sans tenir compte des mouvements sociaux. Il nous faudra donc décrire très brièvement le stade de développement de l’organisation féodale de la Moldavie au temps d Etienne, le Grand. La Moldavie avait dépassé le stade du morcellement féodal où la souveraineté du prince n’était qu’une suzeraineté dépendant en fait des grands propriétaires des domaines féodaux. Cette phase fut bientôt suivie de celle 159