Rattachant la fondation de la Moldavie à la personne de celui qu’il déclarait être son ancêtre, le voévode affirmait catégoriquement — par le moyen classique des manifestations de la culture et de la propagande, propres au moyen-âge, à savoir par la littérature orale — les droits du prince, les siens par conséquent, sur un pays qui, jusqu’à l’acte de la Cîmpia Direptâfii où il fut proclamé voïvode de Moldavie (14 Avril 1457), avait été, pendant plus de vingt ans, déchiré et diminué par les luttes des grands féodaux dissimulés derrière les différents prétendants au trône et qui étaient les véritables maîtres politique de la Moldavie, et qui avaient exclu le fondateur de l’Etat moldave de la tradition attestée par l’obituaire du monastère de Bistrita. La signification politique de ce geste fut donc de souligner, d’une part, l’identité existant entre le voïvode et le pays par l’intermédiere du fondateur et de mettre, d’autre part, en évidence la supériorité des ses droits, étant donné que, à la différence des autres féodaux, il affirmait descendre en ligne directe du fondateur. Pour cela, on dut apporter d’Olovât l’église et le tombeau de Dragos et on eut besoin de la dalle que l’on plaça sur la tombe de ce dernier, il fut surtout nécessaire de modifier la série des princes qui figurent dans la chronique où, à la différence de l’obituaire de Bistrita qui ignore Dragos, apparaît également ce dernier. Et c’est donc assurément à cela qu’est due la rédaction de tradition féodale, qui appuyait devant un public plus nombreux, la même position politique du voïvode. Notre thèse n’est du reste, ni gratuite, ni soutenue seulement par les faits et les situations historiques que j’ai cités. Bien au contraire elle est suggérée, sinon par les documents de l’époque d’Étienne le Grand, du moins par une tradition de l’époque consignée par écrit au début du XVIIIe siècle. Nous avons en vue les anecdotes (« 0 seamâ de cuvinte ») de Ion Neculce (1672—1746), dont la série vient d’être complétée à l’aide d’un texte inédit. On y raconte â ce propos la fondation de la Moldavie par Dragoç, qui se serait fixé à Siret où il aurait construit une forteresse en terre, une demeure princière et une église, à proximité de laquelle son eponse » « de religon saxonne » aurait édifié à son tour une église catholique. Puis il y est question de l’église de Volovâ$, élevée par Dragoç et transplantée par Etienne à Putna. Le geste du voïvode est motivé en des termes qui concordent avec la thèse soutenue per nous: « Voulant rendre vénérable le monastère de Putna, afin qu’il fût considéré comme la première église, bien antérieure aux monastères du prince Alexandre le Grand. « (i. e. le Bon)». Les dessous politiques des gestes d’Êtienne le Grand relatifs au prince Dragos et à la fondation de l’État Moldave n’avaient donc point échappé à Mitu G r o s u, 0 legendâ ineditâ si trei pufin cunoscute din t 0 seamâ de cuvinte » de Ion Neculce, dans la revue «Tlnârul scriitor», VI, (1957), Bucarest, nr. 7, p. 98 — 100. Voici le texte roumains du passage en question: « vrlnd sa facâ evlavie mînâstirii Putnii, ca sa (se) cheme acee Intîi (ace) bisericâ, mai de mult decît alte mînàstiri a (le) lui Alexandru Vodà cel Mare ». 228