qui a influencé du point de vue graphique et artistique les manuscrits russes de la seconde moitié du XVe siècle10, peut établir par elle-même la valeur de la civilisation slavo-roumaine considérée sous cet aspect. Nous n’insisterons pas sur la valeur artistique de cette activité culturelle signalée déjà par les savants russes A. J. Jacimirski11 et A. Sobo-levski12, et nous ne tenterons pas non plus d’esquisser son histoire littéraire qui n’a pas encore été étudiée à fond13. Nous nous bornerons donc à présenter la valeur de cette littérature dans ses rapports avec l’unité de style culturel qui a caractérisé, sous la pression du type de vie féodale, la vie serbo-bulgaro-roumaine du XVe siècle, tout en attirant l’attention sur le fait que l’activité moldave de la civilisation slavo-roumaine a dépassé ses fins théologiques et d’éducation religieuse, s’élevant jusqu’aux valeurs sociales supérieures, exigées par les nécésités et le développement du pays. Nous ne disposons d’aucune information documentaire au sujet des circonstances historiques qui ont présidé à la création de l’école littéraire slavo-roumaine du monastère de Neamtz. La langue médio-bulgare des textes, l’orthographe de Ttrnovo, imposée même aux manuscrits d’origine serbe14 et son capital littéraire — qui ne connaît presque rien des vies de saints serbes, non plus que des produits de la première époque de la civilisation bulgare (Cyrille, Clément ou Hrabr), mais seulement les écrits d’Euthyme, le dernier des patriarches bulgares — ne nous permettent cependant pas de séparer l’activité du monastère de Neamtz d’émigrations possibles de lettrés bulgares après la conquête de leur pays par les Turcs, émigrations qui, si elle ne sont pas prouvées par les maigres sources narratives ou documentaires que nous possédons, sont indiquées, par contre, par la conservation, précisément en Moldavie, des meilleures rédactions des œuvres d’Euthjme15, des plus anciennes sources historiques bulgares16, du plus beau monument artistique de l’art graphique bulgare17, ainsi que par l’éclosion en Moldavie du plus puissant foyer de civilisation médio-bulgare du XVe siècle18. 10 A. I. Iacimirskij, rpuzopiu LlaMÔAaKi>, St. Pétersbourg, 1904, p. 381 — 387. 11 Cf. CJiaeHHCKan pyKonucu pyMyncKÎm 6u6AUomeKh dans le « Sbornik ot. russk. jaz. i slov. », t. LXL (1906), Moscou. 12 Cf., PyMbiHbi cpedu cAaemcKUXT) napodoey, St. Pétersbourg, 1917. 13 Dans ce domaine pourtant trois slavistes se sont imposés A. J. Jacimirskij (cf. ouvr. cité, note 1); Emile Turdeanu (cf. La littérature bulgare du XlV-ème siècle et sa diffusion dans les pays roumain. Paris, 1947> et P. P. Panaitescu, qui a réalisé le catalogue descriptif des manuscrits slavo-roumains de la bibliothèque de l’Académie de la République Populaire Roumaine. (Nous n’avons pas consulté ce catalogue jusqu’à présent). 14 Cf. le Syntagma de Mathieu Vlastaris copié en 1474. Cf. «Cercetâri literare* IV. 1943, Bucarest, p. 126 — 127. 15 Cf. E. Turdeanu, Opéra patriarhului Eftimie al Tdrnovei (1375 — 1393), tn lite-ratura slavo-rominâ. Bue., 1946, p. 11. 16 Cf. Ion Bogdan, Vechile cronici moldoveneçli pinâ la Ureche. Bucarest, 1891, p. 3-12, et, Arhiv für si. Phil, XIII (1891), p. 481. 17 L’évangéliaire de 1356 du tzar bulgare Alexandre III, mis en gage en Moldavie et acheté par Alexandre, fils d’Étienne le Grand, cf. « Revista Istoricâ », V (1919), p. 194. 18 Nous connaissons les réserves faites par Emile Turdeanu (ouvr- cité p. 136). L’écart de 45 ans entre la conquête de la Bulgarie par les Turcs et le début, de l’activité de l’école du monastère de Neamtz, représentée par le moine Gavril (Gabriel), marque cependant l’intervalle nécessaire, du point de vue économique et politique, à la création de la base moldave de la culture slavo-roumaine, dont les premières manifestations avaient eu 212