Il est généralement admis que jadis tous les Roumains prononçaient en les palatalisant légèrement les dentales t, d, n (airsi que d’autres consonnes: s, z, /, r, etc.) suivies de voyelles antérieures. Cette habitude de palataliser les consonnes est due à une influence du vieux bulgare1S. Le degré de palatalisation des dentales roumaines à une période plus ancienne a dû rappeler approximativement celui de la langue vieux slave (ce qui peu être noté dans la transcription phonétique de l’ALR par tí, di, ni). Ce stade se conserve en Moldavie et isolément, aussi, dans le territoire du sous- dialecte de la Valachie, dans la Dobroudja et dans le Sud de la Transylvanie (v. la carte no. 2, ainsi que celle de l’étude de l’académicien E. Petrovici dans « Studii si cercetâri linguistice » I, fasc. 2, p. 179). Dans la plus grande partie du dialecte valaque les dentales t', di, ni ont durci. Aujourd’hui elles ne sont plus accompagnées de l’appendice prlatal de timbre i: ma tem, des, bine ( < ma l>em dies, binie) ; absolument comme dans la langue littéraire. E. Petrovici soutient que « cette relative dépalatalisation devant e (ou i) des consonnes palatalisées est de date récente. Elle est due probablement à une influence du parler bulgare venue du Sud (où elle est également récente et semble s’être répandue vers le Nord et le Nord-Est du sein des parlers slaves, macédoniens et même du néogrec et albanais »16. Nous nous déclarons prêts à accepter cette opinion, mais à condition de préciser que l’influence bulgare « venue du Sud », doit être entendue comme venant du parler des Bulgares qui se sont mêlés aux Roumains aussi sur le territoire des sous-dialectes valaques 17. Dans le Nord—Ouest du pays les dentales t, d, n se mouillent devant les voyelles antérieures, en se transformant en occlusives palatales dorsales (t', d’, n), identiques aux consonnes correspondentes de la langue magyare notées par iy, gy, ny. Nous avons démontré à une autre occasion que la prononciation t', d’, qu’on rencontre en Transylvanie» doit être expliquée de la manière suivante : du stade plus ancien (ti, di) apical, on est arrivé sous l’influence de la prononciation magyare à la phase d’aujourd’hui (frat’e, d'es18 ; aussi n? >ri: bine). Cette prononciation est caractéristique du sous-dialecte de la région du Criç, du M iramureç, comme aussi de certaines régions du Nord et du centre de la Transylvanie. Dans le sous-dialecte du Banat les dentales tí, di, se sont mouillées en affri-quées c, d (/rade „fratt “, vede „vede“ ;nj s’est transformé en n.bifie). Il est certain que cette prononciation nous fait songer à une influence serbe. Dans la plupart des dialectes serbes, y compris aussi ceux du Banat, t + / et kt + voyelle 15 Voir E. Petrovici, dans « Studii ?i cercetâri linguistice * I, fasc. 1, p. 216. 16 E. Petrovici, dans « Cercetâri de linguisticâ » I, p. 24. 17 Nous sommes tentés de croire que la prononciation mouillée des dentales (71, dl, ni) dans l’Est et dans le Sud de la Valachie et en Dobroudja, donc sur un territoire identique à celui des consonnes finales labialisées (cf. plus haut), peut venir également du Sud de la Transylvanie. 18 I. P â t r u i, dans «Studii çi cercetâri lingvistice * IV, p. 211—212. Sur ce territoire, à l’exception de la région de Nâsâud, les consonnes k', ¿, ainsi que les labiales p, b, v se palatalisent, évoluant vers t’, d’ (idem, ibid., p. 212). 36