possibilités culturelles slaves de la Moldavie. Ivan le Terrible (1533—1584), pour en finir avec les difficultés que soulevaent la consultation du Syntagma, — dont le contenu dans la traduction médio-bulgare initiale était resté classé fâchewement d’après l’alphabet grec, demanda au voïvode moldave Alexandre Lapusneanu le remaniement du classement des matières traitées dans cet ouvrage par une nouvelle traduction du texte, coordonnée d’après l’alphabet cyrillique. Ce travail, confié au chroniqueur Macarie (Macaire), évêque de Roman, et ancien hégoumène du monastère de Neamtz, que fut mené à bonne fin 24. Pour en revenir au problème de la valeur de la littérature slavo-roumaine, nous devons attirer l’attention du lecteur sur le fait qu’il serait erroné de croire que l’activité des copistes du XVe siècle se borna à doter les églises de livres de rituel ou de traductions d’ouvrages purement théologiques. Il est indiscutable que la littérature slavo-roumaine s’adressait à un cercle plus large que celui du clergé, car dans les si nombreux manuscrits conservés apparaissent également des apocryphes, parfois même contraires à la vraie foi, ainsi que des légendes évangéliques, bibliques, hagiographiques et même apocalyptiques 25. Parmi celles-ci nous devons attirer l’attention sur la légende de la femme de Putiphar, que l’on trouve dans plusieurs manuscrits 26. Parmi les écrits purement littéraires signalés dans les manuscrits slavo-roumains 27, nous ne retiendrons ici que le roman de Varlaam et Josaphat 28, ainsi que le remaniement slavo-roumain, réalisé en Moldavie 29, du « roman » populaire d’Alexandre le Grand, rédigé à l’origine dans le parler médio-bulgare de Macédoine. Nous citons ce remaniement — bien qu’effectué au XVIe siècle, comme le Syntagma de Vlastaris — car ce remaniement du texte littéraire macédonien souligne, tout comme la mise au point du texte juridique, l’esprit créateur et les possibilités de la culture slavo-roumaine. Le roman de Varlaam et Josaphat a été conservé en Moldavie non seulement dans un manuscrit bulgare sud-danubien du XIVe siècle 30, mais également grâce â plusieurs copies moldaves du XVe siècle 31. Si les fresques du clocher du monastère de Neamtz, qui transposent en images ce roman représentent, avec des retouches (1830) ainsi que l’a admis J. D. Stejânescu32, l’ancienne peinture du XVe siècle, ce fait constituerait une indication précieuse pour l’étude de l’évolution de la civilisation slavo-roumaine à partir de ses préoccupations initiales et passives consistant à 24 Cf. E. Turdeanu, ouvr. cité. p. 60. 25 Cf. E c. Piscupescu, Literatura slavâ din principatele romtne din sec. XV., Bucarest, 1939, p. 74-112. 26 Cf. les manuscrits slaves de l’Ac. P R. no. 138, 154, 306. 27 Cf. E c. Piscupescu, ouvr. cité-, p. 113 — 116. 28 Cf. N. Cartojan, Cârfile populare tn lit. rom. I, Bucarest, 1939, p. 251—262 29 Cf. A. M. M a z o n. Le dit d’Alexandre le viel, dans « Revue des Études slaves » XX, 1942 Paris, p. 13-40. 30 Cf. le manuscrit slave no. 132 de l’Ac. P R. 81 Cf. le manuscrit slave no. 158 de l’Ac. P R. et celui de Lwow, cité par Turdeanu, ouvr cité. p. 52. 32 Cf. Le roman de Varlaam et Josaphat illustré en peinture dans «Byzantion» VII, (1932), p. 34-37. 215