est encore plus concluante. Le fait d’avoir pris soin de ce tombeau, — que Dragos fût son ancêtre (dead) par le sang comme le dit l’inscription graveé par le voïvode sur le nouveau tombeau du fondateur, ou qu’il ne fût que son prédécesseur sur le trône de Moldavie — montre catégoriquement que [’attention accordée par Étienne le Grand aux tombeaux de ses prédécesseurs revêtait un substratum politique féodal, car par ces tombeaux le voïvode se montrait un avec le pays, par son passé. Le transport du tombeau de Dragos à Putna et la mise à l’abri là-bas de l’église en bois du fondateur ne pouvaient avoir dans la mentalité féodale d’autre raison que celle de souligner la profondeur de ses rapports avec le pays. De là jusqu’au letopiset, et peut-être jusqu’à la dotation de la Moldavie, d’une rédaction féodale de la légende de sa fondation, il n’y avait plus qu’un pas. Pas qui prouve, non seulement, que l’école littéraire slavo-roumaine, — de nature ecclésiastique au début de son activité, — avait réussi à créer une consi-ence littéraire en Moldavie, au temps d’Étienne le Grand, mais même quelque donné par Etienne à Dragoç le fondateur indiquait l’existence d’une descendance généalogi que en ligne directe. Étienne le Grand savait mieux que les historiens modernes qui était son ancêtre direct, encore que l’on ait admis que jusqu’à ce jour une interruption de la dynastie se soit produite à deux reprises: une fois àu moment de l’arrivée de Bogdan et la seconde fois à l’avenement au trône des fils de Muçata. O. Gôrka croit que Bogdan du Maramureç était le fils de Dragoç, à preuve que tous deux étaient voïvodes des Roumains du Mara-mureç, dignité héréditaire dans la même famille. Si Bogdan est arrivé en Moldavie sur les pas de Dragoç, cela signifie qu’il revendiquait un héritage paternel, les revendications territoriales n’étant faites alors qu’en vertu d’un héritage. En ce qui concerne Muçata de son vrai nom Marguerite, celle-ci était catholique, et par conséquent princesse catholique. Elle ne pouvait pas être, dans ces conditions la fille de Bogdan ou de Lafcu3 mais l’épouse étrangère, d’un fils de ceux-ci, Costea ou Etienne. Par conséquent, là non plus il n’y eut aucune interruption de la ligne directe de la descendance masculine de Dragos. Ainsi donc Dragos était véritablement l’ancêtre d’Étienne le Grand. Cette thèse a été considérée par N. Iorga et I. Nistor. comme non fondée parce que reposant sur une inscription disparue et incontrôlable A ce qu’a exposé alors O. Gôrka, je dois ajouter les données suivantes, qu’il ne connaissait pas. En 1843, Lev Gheorghiescul l’ecclésiarque du monastère de Putna, a publié les inscriptions de Putna. A cette date l’inscription érigée par Étienne le Grand pour honorer la mémoire du prince Dragos n’était pas encore détruite. Gheorghiescul l’a publiée, probablement avec des erreurs, mais nous y reconnaissons facilement le texte communiqué par Gôrka. Ainsi d’apres le texte de Gheorghiescul, Etienne aurait apposé l’inscription « po svesteniiu koronu Dragoç voievodi » ce qui je crois, n’a pas de sens. Cf. le texte entier dans le revue « Arhiva Romî-neascâ » de M. Kogàlniceanu, II (seconde édition), Jassy 1882, p. 316. Il s’ensuit donc que l’inscription de Dragoç a vraiment existé à Putna (chez Gheorghiescul elle date par également de mai 6981). La seconde circonstance qui explique la présence du tombeau de Dragos au monastère de Putna est le texte suivant du Letopise(.ul Moldovei de Nicolas Costin (Nicolae Costin, Lctopisetul Jàrii Moldovei, édition de 1. St. Petre, Bucarest 1942, p. 175 — 176):« Nous avons appris nous aussi par de vieilles personnes, habitant ce pays-ci, comment un mot q'on se transmet d’une personne à l’autre, qu’a Olovàt une église en bois aurait était faite par le vcïvode Dragoç et déménagée par le voévode Étienne le Bon qui l’aurait édifiée à Putna, oû elle est encore aujourd’hui ». Voilà donc qu’Etienne a transporté le tombeau du voïvode Dragos au monastère de Putna. A Putna on trouve encore aujourd’hui, en dehors de l’enceinte du monastère, au cimetière, une église en bois qui, selon la tradition locale, serait l’église’ de Dragoç, bien qu’elle soit en réalite relativement récente, certainement reconstruite à une date voisine de notre époque. Tout cela confirme ¡’existence du tombeau du voévode Dragoç, élevé par Étienne le Grand, et du texte, communiqué par Gôrka, dont il résulte que Dragoç était l’ascendant direct d’Étienne ». 218