Le grand cri de victoire de l’assemblée populaire se conserve dans la chronique tel un écho. A côté du texte de la chronique nous possédons aussi d’autres relations officielles de la cour princière d’Etienne le Grand touchant ses combats. Les unes sont des inscriptions votives d’églises élevées par le voévode, les autres des exposés contenues dans des rapports diplomatiques. Ces textes officiels coïncident avec ceux de la chronique et non seulement pour le fond, mais aussi pour la forme d’expression, ce qui ne peut être un simple hasard, mais une preuve que la chronique provient elle aussi de ce même milieu de la cour princière. Voici par exemple l’inscription de l’église de Râsboieni élevée par le voévode Etienne sur le champ de bataille de l’année 1476, quand il se mesura à l’armée turque: « Et alors se leva le puissant Mehmet, le tzar turc avec toutes ses forces orientales et avec Basaraba le voévode et nous avons mené grande guerre contre eux»50. Dans la chronique on lit: «Alors est venu le tzar Mehmet avec toutes ses forces, avec Basaraba le voévode et grande guerre fut menée contre eux»51. Dans la notification envoyée par Etienne aux princes chrétiens après sa victoire de Vaslui contre les turcs en 1475, le prince résumait ainsi le combat: «et tous nous les passâmes au fil de notre épée»52. Dans le chronique on emploie pour ce même combat, et rien que pour celui-ci, la même expression: «et Dieu a livré ces païens infidèles au fil de l’épée »53, ce qui ne peut être considéré une simple ressemblance fortuite. Tous ces faits de caractère différent s’accordent ensemble dans une même conclusion, à savoir que la chronique dont nous nous occupons fut écrite à la cour. Par contre aucun indice ne permet de lui attribuer une origine monacale: bien au contraire, la chronique ne contient que peu de faits en rapport avec l’histoire de l’église, différant en cela de la variante de Poutna rédigée au XVIème siècle, sans doute au monastère de Poutna, ayant à sa base l’ancienne chronique de la cour princière. La chronique de Poutna, en contraste avec celle dite « de Bistrita », qui conserve l’ancienne forme des annales de cour, contient de nombreuses informations sur la vie intérieure du monastère et ses vicissitudes: incendies, élections d’higoumènes, enterrements 54. Par contre, dans le texte ancien, dit « de Bistrita », nous ne rencontrons pas un seul nom de métropolite ou d’évêque du temps d’Etienne le Grand et ni la mention de quelqu’une de ces églises ou de ces monastères élevés par ce voévode, ni même la date de la construction du monastère de Poutna, choisi par lui comme lieu de sépulture. Mais quelle sorte de religieux est celui qui ignore la rupture de l’union de l’église décidée au concile de Florence, cependent qu’il note avec soin le jour précis du parachèvement de la construction des forteresses de Chilia et de Roman55? 50 Melhisedec, Inscripfiiinea dela mánástirea Ràsboieni, Acad.Roumaine, «Anale», 1885, p. 171-172. 61 I. Bogdan, Cronice inedite, p. 41. 62 I. Bogdan, Documéntele lui §tefan cel Mare, II, p. 321. 63 Idem, Cronice inedite, p. 40. 51 I. Bogdan, Letopiseful lui Azarie, p. 148 — 151. 56 Idem, Cronice inedite, p. 42 — 43. 158