que Rusescu avait donné l’ordre de bloquer la maison dans laquelle se trouvaient les volontaires en prévoyant même l’emploi de la force mais sans préciser le jour et l’heure de l’attaque. En fait, Rusescu aurait voulu que ce soit le capitaine Manu qui attaque, sans toutefois lui donner l’ordre précis de le faire pour être à l’abri des responsabilités en cas d’échec. Puisque malgré les demandes repétées du capitaine Manu, cet ordre écrit ne lui fut pas donné, l’attaque de la maison n’eut pas lieu non plus, ce qui provoqua dans la ville une panique grandissante. La nouvelle de l’émeute était parvenue à Galatz d’où des agents consulaires commencèrent à arriver pour observer les événements. Le vice-consul russe Karneev qui connaissait Tatici, celui-ci lui ayant rendu visite à Galatz fut celui qui put entrer dans la maison dans laquelle les émeutiers étaient bloqués. A la suite d’une entretien resté secret, Karneev fut d’avis de lever le siège et de laisser tranquillement passer les insurgés en Turquie22. En l’absence d’un ordre écrit des dirigeants, pressé par les consuls étrangers, influencé par le vice-consul Karneev et prié par les commerçants de la ville qui craignaient le pillage et' l’incendie, le capitaine Manu n’ayant avec lui que 30 soldats qui n’avaient plus été relevés de leur poste depuis 24 heures, s’entendit « de vive voix » avec Rusescu et leva le siège dans l’après-midi du 12 Juillet. A partir de ce moment et jusqu’au lendemain soir (13 Juillet), moment où les bagarres du port eurent lieu, Tatici aurait pu en fait s’emparer de la ville. Le 12 Juillet au soir, cent autres volontaires se réunirent à la grande auberge de Petru Boiangiul et Tatici y vint aussi avec sa bande. Beaucoup de monde s’était rassemblé devant l’auberge et l’enthousiasme ne faisait que croître continuellement parmi les Bulgares de la ville. Le fait que les autorités n’intervenaient pas, qu’elles traitaient avec les insurgés en les laissant circuler librement dans la ville pour acheter des armes et surtout la protection que Karneev leur avait accordée, décida beaucoup de jeunes Bulgares à passer du côté de Tatici. Les plus pauvres d’entre eux recevaient immédiatement de l’argent (2—4 ducats) et des armes. Quant au capitaine Vîlkov il ne se montrait nulle part. On attendait aussi les volontaires qui devaient arriver des autres villes comme Bucarest, Ploieçti, Buzâu et autres Le nombre des volontaires attendus s’élevait d’après Huber23 à 2000 hommes qui disposaient d’importants moyens financiers déposés à Ploiesti. C’étaient surtout les Bulgares qui s’inscrivaient dans les rangs des volontaires. Il parait d’ailleurs que Tatici ne voulait accepter que des Bulgares, des Grecs ou des Serbes. Cependant quelques Roumains s’inscrivaient aussi. Parmi eux se trouvait : Ionitza Manea de Bucarest qui était « employé aux écritures au Tribunal de commerce de Brâila ». Le petit nombre des Roumains inscrits n’est pas dû au fait que Tatici n’acceptait que des Bulgares, des Serbes et des Grecs, mais aux mesures prises par les autorités. Sur les places de la ville, de grandes affiches informaient le public que certains de ceux qui s’étaient ralliés aux ignobles agitateurs voulaient acheter des armes et on y précisait encore que tous ceux qui se trouveraient avoir donné, prêté ou vendu 23 Voir le rapport (lu consul Bottaro Costa, dans I). B o ti i n, Nouvelles Informations, p. 184. •23 Voir le rapport cité de Huber (p. 100). 244