Snagov ou Edgar Poe (La ville dans la mer) 22 et ont invoqué des contigences évidentes avec des motifs folkloriques de circulation universelle £3, sans indiquer d’ailleurs la véritable et unique source d’inspiration qui est la ballade de Mickiewicz Switez, écrite en 1820 et publiée dans son premier volume de. poésies Ballady i romanse de 1822. Switez est un beau lac de. la région Novogrôdek. Celui qui traverse la forêt de Pluiyny, dit le poète dans sa ballade, ne peut manquer d’arrêter la course des ses chevaux pour admirer le lac à la surface « lisse, comme le cristal de la glace ». La nuit, en regardant le reflet des étoiles qui s’y mirent, on a l’impression d’être suspendu au milieu de l’azur infini. Mais pour approcher du lac la nuit il faut être le plus téméraire, des hommes. Il n’est pas rare de voir des flammes et des nuages de fumée jaillir du sein des eaux cependant qu’un vacarme, de lutte et des voix plaintives de femmes se font entendre. Lorsque la fumée se dissipe et que le bruissement des grands sapins du rivage, trouble seul le silence, on entend monter des profondeurs du lac de tristes prières de vierges, dont personne n’a jamais réussi jusqu’alors à pénétrer le sens. Mais un jour le seigneur de Pluzyny 24, héritier du domaine ancestral, que ce mystère intrigait depuis longtemps et qui se demandait comment il pourrait le percer à jour, fit tisser un filet spécial et construire des barques. Un prêtre fut amené pour officier et le filet fut ensuite descendu de plus en plus profondément dans le lac. Quand on le hissa, une femme au visage lumineux, aux lèvres de corail, aux chevaux d’argent, humides, parut enveloppée dans ses mailles. S’adressant au seigneur polonais, elle luit dit que nul n’avait pu jusqu’alors tenter pareil exploit impunément mais que, puisque dans leurs veines coulait un même sang, elle veut bien lui conter l’histoire du lac. Sur l’emplacément actuel de celui-ci s’élevait jadis la ville de Switez et ses environs qui appartenait à son père Tuhan. Un jour le tzar de Ruthénie vint faire la guerre au prince de Lithuanie Mendog. Ce dernier demanda secours à Tuhan, qui leva son armée mais laissa sans défense la ville de Switez que l’ennemi attaqua inopinément, forçant les portes de la ville et faisant irruption dans la forteresse. Au moment où le bruit des armes et le piétinement des chevaux des envahisseurs arrive jusqu’à elle,- la fille de Mendog supplie dieu de faire que la terre engloutisse vivantes les femmes de la ville, demeurées seules et sans défense. Et tout â coup la terre s’entr’ouvrit et les ensevelit, et ces corps de femmes et de vierges devinrent des fleurs de toutes les couleurs que les ennemis ne pouvaient toucher sans tomber morts aussitôt. Cette légende n’existe plus dans la mémoire des hommes, mais le peuple donne encore aujourd’hui à ces fleurs le nom de « tzar » du nom du tzar de Ruthénie. La jouvencelle, ayant achevé son récit, disparut dans les profondeurs du lac, et on ne parla plus jamais d’elle 2S. Dans le seconde partie de son poème. G. Asaki obligé d’adapter cette légende au « lac Jijia », s’écarte davantage des idées et des images de la ballade de Mickiewicz. L’écrivain A. Lambrior mentionne une légende semblable 22 G. Câlinescu, Islovia literaturii romtne, Bucarest, 1941, p. 101. 23 A 1. B i s t r i { e a n u, op. cit., p. 24. 24 Pluzyny, localité dans la proximité du lac âwitez. 25 A. Mickiewicz, Poezje, Wilno, 1822, p. 11—20; dans l’édition jubiliaire de 1955, Dziela, I, p. 107 — 114. Une nouvelle traduction roumaine assez bonne due à Virgile Teodorescu a paru dans la volume Mickiewicz, Poezii, 1957, p. 76 — 84. 9 - 158 129