l’auteur supposé des vallums romains et il ne désigne plus que les vallums. L’aspect phonétique de ce mot ne soulève dans ce cas aucune difficulté, car il se peut qu’il n’ait pas été emprunté au latin populaire, mais aux Grecs du rivage de la mer Noire et de la péninsule des Balkans. Nous pouvons d’ailleurs supposer que la population de langue latine de la péninsule balkanique n’a pas donné au mot Traianus la forme supposée par l’évolution phonétique, car la grande renommée dont Trajan jouissait parmi les foules a rendu possible dans ce cas une influence de la langue littéraire sur la prononciation du mot. Plus tard, le dieu slave fut transmis par les Slaves au peuple roumain, dans les souhaits du jour de l’an, car « bâdica Traian » (l’oncle Trajan), personnage du Pluguçor, n’est sûrement pas une innovation du poète roumain B. Alecsandri, le premier qui a recueilli le Pluguçor et qui n’a fait que relatiniser phonétiquement ce mot. Les mots polonais strzyga et strygoiï «vampire », « revenant », que l’on trouve également chez les Slovaques et chez les Slovinces du nord de la Pologne, constituent probablement aussi un emprunt fait à la même époque aux peuples romans (cf. Brückner, op. cit., p. 523, qui explique cet emprunt par le latin striga). Mais, dans ce cas, on doit admettre une influence plus tardive des pâtres roumains qui ont parcouru ces contrées ou s’y sont établis, comme le prouvent plus clairement le mot strzygoii et toute la terminologie pastorale d’origine roumaine des langues slaves septentrionales. Dans le domaine des croyances populaires, ainsi que dans celui des fêtes et des pratiques de magie, l’influence de la population romane de la péninsule balkanique sur les Slaves est certainement plus importante à cette époque très ancienne qu’elle n’apparaît dans ces quelques lignes et elle mériterait d’être étudiée tout spécialement. Quoiqu’il en soit, ces exemples de transmission de certains faits ethnographiques et linguistiques gréco-romans, immédiatement après l’établissement des Slaves dans la péninsule balkanique — jusque sur les territoires de langue russe, — expliquent parfaitement la transmission du mot lunâtik parmi les Slaves orientaux et rendent plausible aussi l’idée que, sous l’influence romane, le mot slave lunà lui-même a acquis un sens nouveau. Ce qui semblait impossible ou devait être considéré comme une influence littéraire tardive, lorsque nous considérons le fait isolément, apparaît comme une chose très naturelle, si nous avons en vue dans son ensemble le processus de l’influence gréco-romane sur les langues slaves, immédiatement après le contact des Slaves avec ce monde méridional.