révêques itinérants à travers ces territoires soumis à des peuples païens en migration qui venaient sans cesse se relayer par la violence. Comme nous l’avons rappelé au dtbut de cette note, leur langue garda tout ce qui dans leur christianisme dtmeurait inchangé. La forme extéiieure de la religion —rite et hiérarchie —fut expiimée à l’aide de termes nouveaux, propres à cette autre chrétienté à laquelle ils appartenaient dorénavant. L’influence de l’Eglise gréco-slave fit perdre petit à petit aux Roumains certains termes qui leur paraissaient trop giossiers ou trop rustiques et qu’ils modernisèrent. Le prestige de la liturgie orientale leur fit sentir la nécessité d’appeler eux aussi Jésus-Christ comme leurs coreligionnaires grecs et slaves. Ils perdirent aussi certains termes chrétiens capitaux, tel celui qui désignait la troisième Personne de la Tiinité, au profit du vocable slavon, plus moderne. La slavisation de la terminologie religieuse se poursuivit avec des chances inégales, tout comme dans le reste de la langue. Le mot meserére dont nous nous sommes occupé et qui finit par succomber devant les mots milâ et miluieste illustre cette situation. Un autre exemple qui l’on pourait invoquer dans le même ordre d’idées réside dans les mots serbu et sarbâ (ou searbâ), du latin servus et serva qui ont cédé la place à celui de rob d’oiigine sud-slave28. Enfin, nous connaissons encoie un terme négligé par les philologues et surtout par les historiens dont la présence en vieux-roumain mérite quelques lignes de commentaire. C’est le mot boz, pl. bozi, lequel signifie idole. On l’a dérivé à juste titre du vieux slave bozi, pluriel de bogü27. On le rencontre dans la «Palia d’Oràstie », de 158 2 28. On le trouve également dans le chronographe du moine Michel Moxa 29, écrit en Olténie en 1620. Il figure encore dans un recueil de fables d’Esope imprimé en Transylvanie, à Sibiu, en 1802 et traduit, semble-t-il, du russe en Moldavie30. Ce 26 O. Densusianu, op. cit., p. 568 note que rob, moins usité que §erb au XVI-e siècle, finira par s’imposer. Sur ces deux termes v. Ion-Radu Mircea, Termenii rob, çerb §i holop tn documentele slave si romtne, dans Academia R.P.R. filiala Iaçi. Studii cercetâri ijtiinlifice, 1, fasc. 2, 1951, p. 372 — 389, qui, se fondant sur un riche matériel d’archives et littéraire, a montré que §erb signifie esclave et non pas serf au sens frai çais du mot et disparaît à partir de 1760. L’auteur ayant négligé l’apport de l’épigraphie, nous nous permettrons de remarquer qu’une pierre tombale de 1716 de l’église de Borzeçti en Moldavie (région de Bacàu) porte ces mots: « Aice se odihneçtea (sic!) çarba lui Dumnezeu Irina Rusetina etc. » = Ici repose l’esclave de Dieu Irène Rosetti etc. (cf. N. I o r g a, Inscrip(ii din bisericile României, I, Bucarest, 1905, p. 27 no. 60); c’était alors presque un archaïsme, car l’immense majorité des inscriptions funéraires eu roumain des XVI-e et XVII-e siècles contiennent de règle le mot rob < si. 27 Cf. par exemple O. Densusianu, op. cit., p. 502. 28 O. Densusianu, loc. cit., cite cet exemple: « Rahila luo bozii çi-i puse supt paele càmilelor: Rachel prit les idoles et les pleça sous les bâts des chameaux » (Genèse, XXX1-34). 29 Edition citée de S i m a c h e et C r i s t e s c u, p. 77 (« Acest Seruh începu întâiu a face dumnezei, deci începurà oamenii a se închina bozilor: Ce Serouch commerça le premier à faire des dieux; les hommes commencèrent donc à adorer les idoles») et passim. 30 Esopia, édition I. C. Chitimia, Bucarest, 1956, p. 26. Cf. par exemple dans la «Vie d’Esope» ce passage (p. 59): « ..Deci mérsàrâ §i luarâ o nâstrapâ (un urcior) de aur din capiçtea lui Apolon, boznl lor, §i o ascunsâ în disagii lui Esop: Or donc ils allèrent prendre une coupe d’or dans le temple d’Apollon leur idole, et la cachèrent dans le bissac d’Esope », 207