de règne des princes de cette époque totalisés donnent le chiffre de 44 ans, quoique en réalité il n’y soit question que de 40 ans, c’est à dire de l’intervalle depuis 1359 jusqu’en 139933. La chronique ignore toute une série d’événements politiques du règne d’Alexandre le Bon, aussi bien le passage en Moldavie de l’empereur byzantin Jean Paléologue que la reconnaissance par le patriarche de Constantinopole de la création d’un métropolite moldave, ou l’obtention de Chilia par les moldaves34. L’intervalle allant de 1432 (mort d’Alexandre le Bon) à 1457 (accession au trône d’Etienne le Grand)renferme un nombre de dates inexactes, de jours de la semaine erronées35. Observons que l’importante bataille de la forêt de Crasna, livrée en 1450 entre moldaves et polonais, ne figure dans aucune des chroniques36. Par contre pour la période du règne d’Etienne le Grand toutes les dates sont exactes, les faits cités sont nombreux, les jours de la semaine sont marqués avec précision, éléments tendant tous à démontrer que cette partie de la chronique relate des événements contemporains. La partialité de l’auteur pour le voévode Etienne est évidente: entre tous les princes lui seul est l’élu du Seigneur. L’expression « Dieu voulant » est employée dans la chronique une première fois à l’occasion de la fondation de l’état moldave37, pour ne plus paraître ultérieurement durant les règnes des princes qui se succèdent jusqu’en 1457. Aucun d’eux ne jouit d’une telle marque de considération de la part du chroniqueur: ni Alexandre le Bon, si connu pour sa piété, ni ses fils n’ont régné ou combattu « Dieu voulant >>. Mais aussitôt que se déroule le récit du règne d’Etienne le Grand, l’auteur se prononce nettement: la défaite de Pierre Aron s’est produite «par la grâce du Dieu », la prise de Chilia se fait « Dieu voulant », la victoire de Baia est « l’accomplissement de l’intention divine par le voévode Etienne»; celui-ci remporte sa victoire sur les turcs « avec l’aide du Christ », et sur les polonais « par la prière de Saint Démètre »38. Seul le voévode Etienne, à l’exclusion de tous les autres souverains de Moldavie, accomplit la volonté divine; seul il est élu par Dieu pour gouverner. Il est évident que l’auteur est un des contemporains de ce prince, écrivant sous son patronage. Seul un homme de la sorte pouvait s’exprimer ainsi. Donc la chronique tout entière, ancien prototype des chroniques du XVème siècle, fut écrite au cours de règne d’Etienne le Grand. Les nouvelles antérieures à son règne ont dû être empruntées assurément des annales générales contenant par endroits des nouvelles touchant l’histoire de Moldavie. Ayant donc établi que « la chronique des princes de Moldavie » fut écrite au cours du règne d’Etienne le Grand, il nous faudra voir maintenant si réellement cette première réalisation de l’historiographie slavo-roumaine a été rédigée dans un monastère, selon la théorie d’une partie des historiens roumains plus anciens. 33 Ibidem, p. 34 -35. 34 P. P. P a n a i t e s c u. Alexandru cel Bun Bucarest, 1932 et N. I o r g a, Studii ixlorice asupra Chiliei si Cetâfii Albe, Bucarest 1899, p. 84 — 89. 35 I. B o g d a n, Cronice inedite, p. 35 — 37. 38 Pour cette bataille cf. I. D i u g o s z, Historia Polonica, II. Leipzig, 1713, col. 59 — 63. 37 I. B o g d a n, ouvr. cité, p. 34 38 Ibidem, p. 37, 38, 40, 46. 155