transposition réussie du même Asaki en langue roumaine. Cette fois il ne change que le nom de l’héroine Krysia (Christine) en Irina (Irène). Tout en respectant le contenu de l’original il l’amplifie changeant régulièrement toutes les strophes de quatre vers en strophes de six vers (avec l’addition parfois de nouvelles images) ce qui porte le total à 216 vers au lieu des 140 vers de l’original. La strophe de six vers est d’ailleurs la technique employée par lui invariablement dans les trois ballades). Le contenu de cette dernière ballade est demeuré identique n’étant soumis à aucune adaptation essentielle. Le voici d’après Mickiewicz. Une jeune fille du peuple est séduite à la cour par son jeune maître qui lui a promis le marriage. Abandonnée par son fiancé et prise de désespoir elle se rend au bord du lac pour prier les nymphes (Switezianki) de la recevoir parmi elles. La pensée de son enfant la retient d’abord, mais se couvrant les yeux de ses mains, elle se jette à l’eau et disparaît aussitôt. A la cour où l’on donne une grande fête en musique, malgré les éclats de rire joyeux, les danses et les chants, on entend pourtant pleurer l’enfant. Un serviteur pitoyable le prend dans ses bras et se dirige vers le lac appelant Krysia. Celle-ci répond d’abord du fond de l’eau, puis elle apparaît métamorphosée en poisson, qui se transforme à son tour en une sirène au torse féminin et à queue de poisson. Elle prend son enfant dans ses bras, le caresse et le nourrit. Après l’avoir apaisé elle suspend à une branche une corbeille qu’elle fait servir de berceau à l’enfant, puis disparaît aussitôt. Tous les matins et tous les soirs les choses se passent de la même façon. Le jeune seigneur parjure se promène un jour avec sa femme au bord du lac, tandis que le serviteur attend leur retour pour pouvoir porter l’enfant à sa mère. Mais il attend en vain car ses maîtres ne reparaissent plus tout le reste de la journée. Vers le soir il s’approche du lac et demeure stupéfait : les vêtements de ses maîtres gisent sur le rivage et dans le lac se dresse maintenant un rocher d’une forme bizzare évoquant l’image de deux corps humains. 11 appelle Krysia mais celle-ci ne répond plus. Elle s’était vengée. Le serveiteur prend l’enfant et s’en retourne hâtivement chez lui. Tel est le contenu de la ballade de Mickiewicz Rybka (Le poisson), écrite en 1820 et publiée dans son premier volume de vers en 1822 28. Un thème similaire inspiré du folklore a été traité par A. Pouchkine dans sa Rusalka, dans laquelle la fille séduite se jette dans le Dniepr. G. Asaki suit de si près le texte de Mickiewicz, que son contenu et ses images sont les mêmes et n’ont plus besoin d’être rappelés ici pour notre documentation£9. Pourtant Asaki précise dans le soustitre de son oeuvre que celle-ci est une « imitation d’après une tradition populaire ». En fait il n’existe pas de tradition populaire dans cette forme. Mickiewicz a réuni en un seul récit deux motifs populaires: celui 28 A. Mickiewicz, ouvr. cité, p. 30—37, dans l’édition jubiliaire (1955), Dziela, t. X, p. 120-125. 29 D. Caracostea, dans son ouvrage — Creativitatea eminescianâ (La force créatrice d’Eminescu), Bucarest, 1943, p. 68, mentionne aussi en passant à propos de la Sirène du Lac une ballade de Mickiewicz sans préciser quelle est cette ballade. Par contre, dans son ouvrage spécialement consacré à G. Asaki, Le préromantisme de G. Asaki publié dans « Langue et Littérature », I, (1940), p. 25, il rappelle, comme motifs littéraires, le thème de l’église « engloutie dans un lac d’oû sortent des bruits mystérieux » le et thème de la nymphe du lac « qui se venge en entraînant avec elle dans les profondeurs son amant infidèle », mais sans se rapporter aucunement aux sources de l’écrivain moldave. 131