Ilie Bârbulescu croyait que l’introduction de la liturgie slave chez les Roumains n’a pu avoir lieu qu’au XIIe siècle, parce que, d’après ce slaviste, les rapports linguistiques eux mêmes entre Roumains et Slaves commencent à cette époque-là 83. L’historien Rôssler considère que les Roumains ont apporté la liturgie slave du sud du Danube vers le début du XIIIe siècle34; la preuve en seraient aussi les caractères bulgares des éléments slaves de la langue roumaine. Mais on sait que l’élément ethnique daco-roumain a existé en Transylvanie en symbiose avec l’élément slave avant le XIIIe siècle. L’existence de la liturgie chez un peuple implique une vie sédentaire et non nomade. Certains éléments slaves de la langue hongroise ont aussi des caractères bulgares, mais personne n’a expliqué cela par la vie comune des Hongrois et des Bulgares au sud du Danube. Les éléments slaves des langues roumaine et hongroise ont aussi d’autres caractères non seulement bulgares. Les noms de lieux d’origine slave de la Hongrie possèdent aussi des caractères slaves occidentaux, « slovaques ». Les toponymes slaves du nord de la Transylvanie ont les mêmes caractères. D’autres toponymes slaves de chez nous ont des caractères slaves orientaux. Le caractère bulgare des éléments slaves de la langue roumaine est en grande partie d’origine livresque et apparaît plus tard. L’historien N. Iorga et le byzantiniste N. Bânescu considèrent que la liturgie slave a été introduite chez les Roumains à peine vers le XIIIe siècle, sous l’influence des évêchés bulgares du Danube, particulièrement de celui de Vidin 35. L’introduction de la liturgie slave chez nous doit avoir eu lieu bien avant cette date et celle de l’appaiition des premiers textes. C’est ce qu’affirmaient, sans l'appui d’une argumentation précise, E. Kaluzniacki et P. Cancel36. Seul A. I). Xenopol précise que la chose c’est effectuée d’abord en partant de l’ouest, puis à partir de la Bulgarie à la fin du IXe siècle et au commencement du Xe, sous le règne du tsar Siméon37. Ion Bogdan montre que l’alphabet cyrillique a été emprunté par les Roumains aux Bulgares, mais pendant un intervalle plus étendu: du VIIe jusqu’au XIIe siècle, sans apporter de précisions38. Durant ces derniers temps, P. P. Panaitescu s’est occupé de ce problème et a montré que la liturgie slave a été introduite chez les Roumains au com- 33 Cf. Curentele literare la Romtni tn timpul perioadei Slavismului cultural, Bucarest, 1928, p. 423. Mais Ilie Bârbulescu n’apporte pas de preuves à l’appui de cette opinion. 34 R. Rössler, Die rumänische Studien, Vienne, 1884. 36 N. Bânescu, L’ancien État bulgare et les pays roumains, Bucarest, 1947, p. 97. Ici aussi la bibliographie. 36 E. Kaluzniacki, KypUAoecKoe nucbMo y PyMyny, dans « Encyklopcdija Slavjanskoj Filologiji », 1915, p. 7 — 8. P. C a n c e 1, Ctnd au imprumutat rominii alfabetul chirilic, dans « à N. Iorga, hommage », Bucarest, 1921, p. 67 — 70. Sur ces rapports entre Roumains et Slaves, voir aussi A. J. S o b o 1 e v s k i, PyMblHbl cpedu cJiaenH-cKuxt HapodoeTi, 1917, St. Pétersbourg. 37 A. D. Xenopol, ouvr. cité, I, p. 451. 38 Ion Bogdan, apporte une série d’arguments linguistiques (Cf. De la eine si cind au imprumutat rominii alfabetul chirilicy Dans « à Titu Maiorescu, hommage », Bucarest, 1900, pp. 357-359. 176