Les vers d’Asaki confrontés avec ceux de Mickiewicz révèlent un habile artisan de la langue roumaine en matière de traduction et de ce point de vue ils méritent une considération plus grande que celle qui leur a été a cordée jusqu’ici. Asaki a trouvé ainsi dans l’oeuvre de Mickiewicz une source de création des plus importantes. Et pourtant il n’a jamais indiqué cette source. Faut-il lui faire un grief de ce fait en contradiction avec sa manière d’agir dans d’autres circonstances, quand il nomme les poètes qui l’ont inspiré, comme Pétrarque, le Tasse, Boileau, Schiller et d’autres? En fait il existe aussi d’autres poésies de notre auteur qu’il s’est contenté de déclarer des « imitations » 30 sans autre indication. Quant aux ballades empruntées à Mickiewicz, elles ont une base folklorique, parfois d’une large circulation européenne, et Asaki s’est permis de les considérer comme telles, malgré le fait que ces motifs folkloriques circulaient fort peu ou presque point dans la forme respective sur le territoire roumain et que notre auteur a utilisé pleinement la structure et les images de Mickiewicz, n’en faisant en outre que des adaptations partielles. Pourtant ces adaptations existent et ont contribué à donner à Asaki le sentiment d’une création propre. Au fond, les traductions elles-mêmes peuvent être considérées comme des réalisations nouvelles par le fait qu’elles revêtent les idées de formes nouvelles quant à la langue et au style. L’importance du travail d’identification des sources réside ailleurs à savoir dans l’élargissement du champs des contacts littéraires tant pour l’écrivain lui-même, que pour la littérature roumaine du XlX-ème siècle. Les littératures nationales se sont toujours enrichies par leurs rapports avec les littératures des autres nations. Asaki était pour son temps un écrivain d’une vaste culture littéraire. Il lisait et utilisait dans l’original (témoin ses notices)31 les littératures: italienne, française, anglaise, allemande, russe. En même temps il enrichissait le registre de sa création poétique de thèmes et de formes nouvelles pris à la littérature géniale du peuple polonais. Il avait de la culture, du talent et de plus il savait choisir. Il faut remarquer en outre que les transpositions roumaines des poèmes de Mickiewicz comptent parmi ses réalisations littéraires les plus belles. Bien plus. On peut affirmer qu’elles rendent mieux les images et la structure des poésies de Mickiewicz que certaines traductions récentes roumaines et étrangères32. La création poétique d’Adam Mickiewicz a fait naitre à l’étranger une profonde sympathie pour lui et pour le peuple polonaise. Déjà dès son séjour en Russie en 1824 et jusqu’en 1829 son œuvre a fait l’objet de nombreuses traductions, parmi ses traducteurs figurant aussi 30 Nous songeons par exemple à Elegie scrisâ pe (interimul unui sut, qui est la transposition de la poésie de Thomas Gray, (1716 —1771): Elegy on a country churchyard (Cf. P. Grimm, Traduceri si imitatiuni romînesti dupa literaiura englezâ, dans « Daco-romània », III (1923), p. 286 et suiv). 31 Bibliothèque de l’Académie de la Rep. Pop. Roumaine, ms. 3075. 32 Comparons par exemple Le petit poisson (Rybka) dans l’œuvre de Charles Dobzinsky: Adam Mickiewicz pèlerin de l’avenir, Paris, 1956, p. 93 — 96 avec La Sirène du Lac de G. Asaki et avec l’original de la poésie Rybka de Mickiewicz. 133