Il faut remarquer tout particulièrement que Asaki avait le sens du vers populaire employé par endroits par Mickiewicz et transposé par le traducteur roumain dans l’esprit de la poésie populaire roumaine: Mickiewicz « Miesiq,c swieci — jezdziec leci Po zaro^lach i po krzach: Panno, Panno, czy nie strach?»18 Asaki « Luna luce — Butul fuge Peste munte, prin hîrtop Vintul çuierà çi muge Roibul sare în galop §-amu-i duce pe-amîndoi Doamno, oare nu-i strigoi? » L’image est transposé avec plus de bonheur et d’exactitude que dans la traduction roumaine parue récement19. En général le vers d’Asaki est allègre» plein de fraîcheur et de sensibilité: Mickiewicz * Panna grzeszy —jezdziec épieszy Klçto ducha — klijlwy siucha; Juz odemknq.1 zimny gmacb: Panno, Panno czy nie strach? Ucichl, ustiijl dwôr zamkowy ; Panna czuwa. — Na zegarze Bije pólnoc, — milczq, straze, Panna slyszy, — dzwiçk podkowy, Brytan, jakby glosu nie mia}, Zawil z cicha i oniemial ». Asaki Doanma-n hîrcà se increde Çi se-mplîntâ in pflcat, Butu — ascultâ, el purcede De la târinos palat, Nu cum mersà in râzboi, Doamno, oare nu-i strigoi"? In somn toatà curtea zace Doamna-i treazà; au sosit Miazânoapte, paza tace, Pas de cal s-au auzit, Iar dulâul priceput Ce urla, se fâcu mut, etc. . . » Mais Asaki ne s’est pas contenté de transposer tout simplement ce poème en images et en formes appartenant aux réalités roumaines. Il a enrichi dans certains cas les images de l’original et localisé la ballade à l’aide d’éléments, géographiques et historiques empruntés à l’histoire ancienne de la Moldavie ce qui lui a permis d’en faire une légende se rapportant à un rocher en forme de tour dressé sur la cime du Ceahlâu, qui domine les Carpathes moldaves. Il a donc tenté une refonte ou une nouvelle adaptation de la création de Mickiewicz. Ce thème fut d’ailleurs repris par Asaki dans sa pièce parue à Iassy en 1863: Tiirriul Butului (la Tour de Boutou) selon l’auteur « drame original — en trois actes, d’après des traditions populaires »20,- et qui témoigné d’un véritable attachement de l’auteur à ce sujet. Adam Mickiewicz publia sa ballade en 1832 (Ucieczka, Varçovie, 1832) précisant en une note qu’il s’était inspiré pour ce poème des chants populaires polonais dont le fond se retrouve aussi chez d’autres peuples et dont Bürger s’est inspiré dans Lenore. Partant protablement de cette affirmation, D. Caracostea (Lenore, Bucarest 1929, p. 80) mentionne la ballade de Mickiewicz qu’il situé dans le champ du motif respectif, mais sans faire de 18 Ibidem, p. 338. 19 A. Mickiewicz, Poezii, Bucarest, 1957, p. 128. 20 Thème repris encore par Nicolae A r g e ç dans Turnul Butului, oeuvre publiée dans son volume Rusuioc de la bâtrini, légendes et récits, Bucarest, 1924, p. 18 et suiv. 127