devaient les mettre à même de saisir des bribes des offices slavons, qui, ne l’oublions pas, venaient à peine d’être traduits dans une langue vivante et accessible de ce fait, bien qu’elle ne fût qu’un dialecte, aux divers groupes slavophones 24. La traduction en slavon des offices du rite latin a pu agir non seulement sur les Slaves occidentaux, mais également sur les éléments de l’Ouest de la Romanité orientale, à la portée desquels on mettait dans une langue liturgique vivante qui en remplaçait une autre déjà morte, les principales prières et la lecture, à l’église, de l’Ecriture Sainte. A cette époque, comme l’a déjà noté A. Runea, les différences entre le rite romain et le rite byzantin tenaient plus de la langue que des formes cultuelles. En outre, la discipline ecclésiastique accusait d’autres menues divergences (jours de jeûne, port de la barbe, tonsure, etc.), sur lesquelles tablèrent d’une façon écoeurante dans les deux clans les fauteurs du schisme de 1054. Par ailleurs, comme la grande masse romane était au nord du Danube, sur le territoire appelé maintenant roumain, et également dans les Ralkans, en contact surtout avec les Rulgares, les Serbes et les Grecs, tous de rite byzantin, qu’il fût de langue grecque ou slavone, il est tout naturel que la symbiose aidant, les Roumains se soient laissés entraîner petit à petit à oublier leur propre rite latin, plus ou moins désuet, pour celui de peuples dont la civilisation leur était maintenant mieux connue et partant plus accessible. Les querelles dogmatiques entre Rome et Ryzance, les disputes sur la préséance entre le pape et le patriarche avaient une portée qui dépassait l’entendement de cette population simple de bergers et d’agriculteurs25. Du reste, leur christianisme latin était plus ou moins abandonné à son sort : l’absence de villes impliquait celle de l’épiscopat et tout au plus peut-on supposer l’existence de clio- 24 L'absorption des Slaves par l’élément roman implique nécessairement le bilinguisme des premiers. Néanmoins il ne faut pas perdre de vue non plus que bien des Romans se sont fondus au sein de la masse slave, là où elle était en majorité de toute évidence, ce qui implique le bilinguisme également d’une partie au moins des éléments romans. Si le vocabulaire roman-oriental entré dans les langues slaves est de loin inférieur numériquement à l’apport slave dans la langue roumaine, il faut en déduire que dans le processus d’ethnogénèse des Serbes, Bulgares, Roumains, etc. ce sont surtout les Slaves qui se sont laissés assimiler par les Roumains. Dans ce cas et en tenant compte de la répartition géographique de ces différents groupes ethniques il faut à notre avis, en conclure que la masse romane était par rapport aux Slaves plus nombreuse et plus compacte au Nord du Danube que dans la Péninsule balkanique. En d’autres termes le berceau du peuple roumain est avant tout la Dacie. 25 L’idée d’une séparation religieuse entre l’Orient et l’Occident a fait son chemin très lentement. L’aspect juridique et canonique de la question ne s’est réellement précisé à l’esprit des masses qu’à l’occasion ou du fait des excès commis par les Croisés. Tout le monde connaît l’incident de 1089 provoqué par la constatation du clergé byzantin qu’il n’existait aux archives de Sainte Sophie aucun document officiel justifiant la suppression du nom du pontife romain dans les diptyques. Nous attirerons également l’attention sur un rotule écrit au X-e siècle (c. 983 — 984), comprenant la liturgie grecque de saint Jacques (ms. Mes-sanensis 177) qui fait mention au memento du pape Benoît VII de Rome et des quatre patriarches orientaux, ce qui prouve que les démêlés de Constantinople avec Rome n’avaient pas, à cette époque, de répercussions dans les autres patriarcats. Car sous le pontificat de Benoit VII, Constantinople regardait comme pape légitime l’antipape Boniface VII. qui résidait à Byzance même (cf. Dom B. Ch. Mercier, La liturgie de saint Jacques. Edition critique du texte grec avec traduction latine, Paris, 1940, p. 135 (= Patrologia Oricntalis, t. XXVI, fasc. 2). 206