I*. Nâsturel UNE RÉMINISCENCE ROUMAINE DE LA MESSE LATINE A L’ÉPOQUE DE LA LITURGIE SLAVE Historiens et linguistes ont souligné à l’envi le caractère foncièrement latin du christianisme primitif des Roumains, comme le prouve l’essentiel du vocabulaire chrétien de notre langue 1. Il 11’est que de rappeler à cet effet — et au hasard de la plume — des mots comme Dumnezeu., « Dieu » ; duminicâ, « dimanche » ; bisericâ, « église » ; sârbâtoare, « fête » ; botez, « baptême » ; preol, « prêtre » ; cruce, « croix » ; a se ruga, « prier » ; domn, « seigneur » ; pacat, « péché » ; drac, « diable » ; înger, « ange » ; nuntâ, « mariage » ; pâgîn, « païen » ; cuminecare, «communion»; a se închina, «adorer, se prosterner»; a icrta, « pardonner » ; Crâciun 2, « Noël », et bien d’autres encore 3. 1 Le lecteur désireux d’approfondir cette question trouvera l’essentiel de la bibliographie qui s’y rapporte dans les ouvrages de L. Çâineanu, Incercare asupra scma-siologiei limbei romtne, dans Revista pentru lstorie, Arheologie si Filologie, VI, 1891, p. 236 — 272; V. P â r v a n, Contributiuni epigrafice la istoria creçtinismului daco-roman, Bucureçti 1911, p. 85 — 142; N. I o r g a, Histoire des Roumains et de la Romanité orientale, II, Bucarest, 1937, p. 109 — 118 (éloquent passage où sont dépeints à l’aide des seuls mots religieux d’origine latine les actes principaux de la vie spirituelle du Roumain) ; O. Densu-jianu, Histoire de la langue roumaine, I, Paris, 1901, passim (notamment p. 261); A. B u n e a, incercare de istoria Rominilor pînâ la 1382, Bucureçti, 1912, p. 64 — 70, etc. Mentionnons également l’article d’A. Sacerdoteanu Barbari, ;Scifi sau Româtii in anul 865, dans ,,Revista Macedoromînâ“, III, 1931, qui voit dans les Scythes qui prient en latin, que mentionne une lettre adressée en 865 par le pape à l’empereur de Constantinople, des Roumains du nord du Danube. Notre article était déjà composé quand nous avons pris connaissance du livre intéressant, mais parfois contestable, de Gh. I. Moisescu, Ç t. L u p s a, et Al. Filipaçcu, Istoria bisericii romine, I, Bucarest, 1957, p. 43 — 47 et 100 — 115, lequel néanmoin constituera dorénavant un utile instrument de travail. Il en est de même de l’article de I. B a r n e a, Vasile Pârvan $i problema creçtinismului tn Dacia traianâ, dans ,.Studii teologice“, X, 1958, p. 93 — 105. 2 Al. Rosetti, Asupra rom. Crâciun, dans le volume In amintirea lui Constantin Giurescu la 25 ani de la moartea lui, Bucarest 1944, p. 435 — 440 a établi que le mot roumain Crâciun, « Noël », dérive du latin creationen, mais dénote une influence qui « s’explique par le processus de roumanisation des Slaves bilingues » (p. 438). L’auteur attire également l’attention sur certaines difficultés phonétiques que présentent les mots colindâ et rusalii, qui ne peuvent être expliqués en roumain comme directement dérivés du latin. 3 Pour ce qui est du terme zinatic, « lunatique », dérivé par Y. Pârvan, op. cit. p. 120 — 122 du latin dianaticus (de Diane), nous renvoyons d’ores et déjà à l’article suggestif de G. Ivànescu, publié dans le présent volume p. 47. Nous profitons de l’occasion pour exprimer ici au professeur G. Ivànescu notre gratitude pour certaines remarques qu’il a bien voulu nous faire lors de la rédaction de notre travail. 198