daire et dont l’accent est mis sur les beautés du pays qui retient les pâtres: « Ils trouvèrent sur la rivière Moldova des endroits agréables avec des champs découverts, des cours d’eau, des forêts épaisses». . . 69. C’est-à-dire tout ce qui est nécessaire à la vie des pâtres. Mais tandis que le chasse peut être dans cette rédaction une transmission secondaire, retenue par Ureche, de la rédaction féodale, que, sans doute il connaissait, elle détient dans cette dernière le rôle principal. Romulus Vuia70 a cru pouvoir identifier dans cette légende, le remaniement d’un motif épique de large circulation internationale. Ce motif, quelle que soit son origine, a été en tout cas, un fait littéraire secondaire, carie première rédaction—racontée par Gr. Ureche — encore qu’enregistrée après la seconde (la rédaction féodale), ne peut pas en provenir. Les bergers ne peuvent pas succéder dans le folklore au voïvode, car ils le précèdent. En effet, on ne peut invoquer aucun processus de folklore pour expliquer l’apparition de féodaux à la place de pâtres. Car à cela s’opposerait de fait la personnalité valaque de Negru Vodâ, le prince Noir, qui passant du domaine des traditions historiques dans la circulation du folklore a perdu son propre nom, mais non pas aussi sa qualité sociale, et à cela s’oppose en principe la pratique folklorique qui tend par contre à doter ses personnages de formes revêtues d’un prestige social. Nous nous trouvons donc évidemment, dans le cas de la seconde rédaction en présence d’un remaniement féodal d’une tradition pastorale, qui transmettait à l’origine les souvenirs se rattachant aux passages d’une population du Mara-mures dans la plaine moldave, par le canal d’un motif spécifique de la vie féodale — la chasse. Pour la signification féodale du motif de la « chasse », qui généralement transpose dans une forme littéraire un « combat », nous ne devons pas nous adresser, comme l’a fait Romulus Vuia, à des sources étrangères et lointaines, « la chasse » étant une valeur poétique spécifique de l’épique slavo-roumaine 71, phénomène littéraire propre aux XIVe et XVe siècles. C’est par la chasse que sont exprimées poétiquement les prétentions de primogéniture qui ont provoqué la lutte du prince Dan II (1420—1431) pour le trône de Valachie72 ; c’est sur un épisode de chasse que repose anecdotiquement l’interprétation épique des événements se rattachant à l’usurpation du trône par Vlad (1396—1398), le fils de Dan I-er73 ; une chasse apparaît 69 G r. Ureche, ouvre, cité., p. 63. '° Legenda lui Dragoç, dans «Annuarul institutului de istorie naÇionalà » de l’Université de Cluj, I (1921-22), p. 300-309. 71 Cf. notre étude Poetica slavo-rominâ à paraître dans « Studii çi materiale de istorie medie », III , '2 riepuodunecKO cnucanue, Bràila, 1870, et le § 2 de notre étude citée plus haut. 73 Cf. la ballade de Chipor Crai, chez N. Pâsculescu. Literatura noastrà popularà romtneascâ, Bucarest 1910, p. 152 et le §. 3 de notre étude intitulée « Jankula Vlaëka Voivod » qui forme l’huitième chapitre de notre travail en manuscrit tCtnlecul bâtrtnesc». 226