guerre de 1497 dût être fait à coup sûr en se fondant sur la chronique de la cour princière qui était rédigée sous la surveillance du logothète Jean Tâutu. IDÉES ET TENDANCES DE LA CHRONIQUE D’ETIENNE LE GRAND. Nous estimons que la valeur pratique de la chronique officielle de la cour ne se bornait pas aux négociations diplomatiques avec l’étranger, mais qu’elle servait aussi l’action du prince à l’interieur du pays, accroissant son autorité vis à vis des grands féodaux et de toute la classe dirigeante de Moldavie. La langue slave d’un usage exclusif dans l’église et la chancellerie, employée également dans la correspondance particulière65, ou dans les ordres envoyés aux marchands, était assez répandue en Moldavie à cette époque pour que la chronique puisse être lue par des cercles assez larges. La principale idée politique de la chronique slave de la Moldavie du XVème siècle est une idée de politique extérieure, destinée néanmoins a relever le prestige du prince vis à vis des siens. Le chroniquer démontre que le prince est à la tête de la lutte contre la puissance turque, qu’il est le défenseur du pays et de son indépendance. Lui seul il paraît au premier plan. La chronique n’est pas une chronique du pays moldave, mais une biographie du prince. Le voévode de Moldavie, Etienne ,est solidaire avec tous les princes chrétiens par sa lutte contre le danger turc: tous les états chrétiens intéressés à cette lutte sont désignés par le chroniqueur sous le nom collectif de « hrislianstvo »66, ou monde chrétien, correspondant au terme latin des écrivains du moyen âge « respublica chris-tiarxa » en tant qu’expression de l’unité de cette action politique. Tous les pays sont censés participer à la lutte du voévode moldave, les princes chrétiens se réjouissent «avec grande liesse» pour sa victoire de Vaslui (1475) et s’attristent «avec grand deuil» pour sa défaite de Valea Albâ (1476)67. Après la victoire de Vaslui le chroniquer attribue au voévode un titre spécial qui n’a pas été traduit fidèlement. Dans sa capitale de Suceava il est reçu comme un « pobiedonosetz »68. Il s’agit d’un terme religieux signifiant au propre « porteur de victoires» mais qui dans la langue slave ne s’accorde qu’aux saints militaires, saint Georges et saint Démètre, combattant pour la foi, et pouvant donc être traduit « saint porteur de victories pour la foi chrétienne ». Il est clair que dans ces conditions le voévode Etienne n’est plus simplement l’élu des boïars, mais qu’il est placé bien plus haut comme l’instrument politique de la volonté divine dont il est l’élu. Les turcs sont aux yeux de l’auteur des « kleti » ou des réprouvés, et les valaques qui ont prêté secours aux turcs des « pogani munteane » (= valaques païens), « qui ont été les complices des païens », non seulement contre la 65 Cf. la lettre du « dvornik » Tricolici écrite en 1477 aux membres de sa famille (datée à tort par l’éditeur comme étant de 1481) I. B o g d a n, Documéntele lui Stefan cel Mare, II, p. 358-359. 66 I. B o g d a n, Cronice inedite, p. 42. 67 Ibidem, p. 41. 68 Ibidem, p. 41. 11* 163