Le fil conducteur de la réalité historique que reflète cette ballade est représenté par la personnalité de l’héroïne, — la jeune fille aimée par le voïvode, qui la désire, mais qui doute qu’elle soit faite pour lui, — vierge qui fait songer aux amazones, care elle prétend que l’homme doit la conquérir par sa vaillance. Ce personnage appartient en propre à la poésie épique danubienne, A. Potebnja91, poursuivant des similitudes anecdotiques, avait déjà attiré l’attention sur une forme poétique semblable, à savoir un chant serbe publié par Vuk Karadztc92 dans le thème duquel la rivière appelée Cetinje a été certainement affablée de ce nom, par la suite, car il est incontestable que personne ne pourrait nager dans ce maigre ruisseau. Cinq jeunes gens de Cétinjé boivent du vin au bord de la rivière. Iis sont servis par une jolie fille dont tous sont amoureux. Mais elle leur dit: je peux vous servir du vin à tous, mais je ne saurais être aimée que par l’un de vous. Je serai donc à celui qui, vêtu et armé, traversera la rivière a la mage. Seul le jeune Radoica ose eela et réussit. A son retour il se laisse couler à pic. Et la jeune fille croyant qu’il se noie saute dans l’eau pour le sauver. Aussitôt après les jeunes-gens, se tenant par la mais rentrèrent chez eux. Ce même thème, légèrement différencie, apparaît encore dans une poésie bulgare, dont le récit est rattaché au Danube : Une jeune fille parie avec 12 bergers de traverser le Danube à la nage. Si elle ne réussit pas, elle leur donnera son voile °3. Si elle y parvient, ils perdront leur troupeaux. La jeune fille réussit à passer le fleuve et arrive dans la « frenska zemja ». sur la rive septentionale où elle fait peur aux femmes qui blanchissent de la toile et leur en vole une pièce. Les bergers perdent alors leurs troupeaux 91. L’héroïne apparaît encore dans d’autres chants des bord du Danube, serbes cette fois. Mais l’anecdote les attribute soit à la forteresse de Vidin, soit au tzar Sisman. Nous citerons donc outre un chant ayant de toute éviddence tourné, d’une manière secondaire, à la satire — qui qui paconte que la forteresse de Vidin est bâtie par une jeune fille95—un fragment épique dans les vers duquel. la forêt déplore la reddition des armées de ¿fi/man, et bien plus encore la perte d’une belle jeune fille qui se trouvait dans l’armée de celui-ci °6. Dans le poème Ribanje i ribarske prigovoranje97 (1567) le poète dalmate Petar Hektorovic (1487—1572) introduit aussi, comme on le sait, quelques formes poétiques orales, entendues par lui dans l’ile de Hvar-Lessina, qui se 91 Ouvr. cité, p. 34. 92 Cf. CpncKe napodne njecMe, I, No. 758. 93 Symbole du mariage. 94 «CôopHUK 3a napod. yMomeopenua ■ ■, » Sophie t. XXII (1922), p. 54. 95 A. G a v r i 1 o v i é, iloHoeno neeane napod ho, dans « Glas srpske kral. akademie *, t. LXXII/44, Beograd, (1907), p. 139-140. 96 A. Gavrilovic, Prvo istoricko doba narodna poeziji, dans « Rad Jugoslovenska Akademiji », 153 — 60, Agram, 1903, p. 216. 97 Cf. Stari pisci hrvatski, t. VI, Agram 1876. 231