de Braïla. Ecrite en roumain, cette proclamation déclarait que le nombre des volontaires était de 1.200 hommes et que ceux-ci étaient rassemblés afin de passer, « pour leurs propres besoins » en Turquie. Elle déclarait plus loin que, s’ils n’étaient pas inquiétés les rebelles ne feraient de mal à personne. Dans le cas contraire ils auraient recours à la violence car « il leur était égal de vivre ou de mourir »19. En uniforme et accompagné d’une trentaine de bulgares armés, Tatici parcourut alors la ville et s’enferma ensuite avec ses volontaires dans une maison particulière. L’apparition de cette bande armée provoqua dans la ville une profonde impression et les turcs ainsi que les grands commerçants qui s’y trouvaient commencèrent à se sentir inquiets surtout quand ils apprirent que les autorités n’étaient pas encore en mesure d’intervenir. D’un autre côté Tatici avait annoncé qu’il attendait aussi d’autres renforts. Six cents hommes devaient venir de Galatz, 300 autres de Bîrlad et on attendait des volontaires de Focsani et d’ailleurs20. A 11 heures du soir, Rusescu faisait connaître au Ministère toutes les mesures qu’il avait prises et lui envoyait une copie de la proclamation des insurgés 21. La maison dans laquelle Tatici s’était réfugié avec ses camarades fut cernée, mais malgré celà on ne permit pas aux autorités qui voulaient s’entretenir avec Tatici, d’y pénétrer et elles non plus ne trouvèrent pas opportun d’avoir recours à la force. La maison resta bloquée toute la nuit par les 30 soldats. Les consuls étrangers demandèrent aux autorités de prendre immédiatement des mesures pour rétablir l’ordre, mais celles-ci répondirent que cela leur était impossible pour le moment. Le lendemain, samedi 12 Juillet au matin, le consul autrichien et le vice-consul grec intervinrent d’ailleurs à nouveau pour calmer les révoltés mais cette intervention n’eut pas d’effet non plus. Les rapports envoyés par Rusescu à Bucarest étaient jusqu’à présent les seuls documents roumains connus révélant l’attitude des autorités de Braïla et les mesures prises par elles pour calmer l’émeute. A la suite des recherches faites aux Archives de l’Etat à Braïla, j’ai trouvé la correspondance échangée entre les dirigeants et les autres autorités locales ainsi que celle adressée au commissaire de Turquie — Sali-Aga — et aux agents des puissances étrangères. Cette correspondance renferme des indications supplémentaires qui complètent les rapports de Rusescu et font la lumière sur toutes les mesures prises jusqu’au 13 Juillet au soir, moment où les bagarres du port ont eu lieu. Le manque de place ne nous a pas permis, dans cette étude de les reproduire autrement que dans leurs grandes lignes. Ce que nous devons absolument mentionner c’est que, à la suite des discussions qui ont eu lieu entre le capitaine Tatici et les autorités de Braïla .celles-ci ont accepté de délivrer des passeports à deux ou 3 personnes à la fois, mais non pas en même temps à tout le monde, ce qui aurait signifié un acte d’hostilité envers la Porte. D’un autre côté il est évident 19 Voir le manifeste des volontaires dans le « Buletinul oficial al Târii Romîneçti », no. 42, du 23 Juillet 1841. 20 Leur nombre devait atteindre 2000 hommes. Voir le rapport de Sgardelli dans Romanski, ouvr. cité, p. 76 — 77. Voir aussi le rapport de Huber à la p. 100. 21 Ibidem, p. 119 — 120. 16 243