Les anciens Slaves ont été assimilés par la masse de la population roumaine majoritaire au point de vue du nombre. Ils ont laissé des traces dans la toponymie, dans l’onomastique et surtout dans le lexique des parlers roumains de ces contrées. Ces vieux éléments slaves se sont mélangées aux éléments apportés par les colonisations plus récentes et aux éléments slaves de la langue hongroise. Leur triage est assez difficile, mais leur nombre dépasse toute prévision. Ils se rapportent à tous les domaines de la vie. Leur étude approfondie apportera des clartés non seulement en ce qui concerne les établissements slaves de cette contrée, mais même au sujet de la formation de la langue roumaine. Dans les parlers roumains du cours supérieur du Cri§ Noir on trouve beaucoup d’éléments slaves qui s’expliquent le mieux du monde par le slovaque, quoique les Slovaques ne vivent plus dans cette région. Les éléments serbes sont moins nombreux et de date plus récente, podrum = cave, pup = bourgeon. La couche la plus ancienne est la couche slovaque, puis vient la couche ruthène. Voici quelques-uns de ces éléments slaves de caractère plutôt local, recueillis dans les textes dialectaux et des travaux y relatifs89. Quelques-uns d’entre eux viennent à l’appui de l’hypothèse que, dans cette région, la culture slave s’est répandue de Grande Moravie. Beaucoup d’éléments slaves de cette région sont enregistrés aussi par l’Atlas linguistique de la langue roumaine: chilav = blessé, infirme, (slave kila = testiculus: slovaque kilavy syonime de «mohÿ » = fort90. zapor = confluent. En slovaque «zapor» négation, constipation, digue, écluse. Kefa = brosse. En slovaque le mot est couramment employé avec le sens de brosse, comme dans le parler du Cris Noir 91. Sur le cours supérieur du Criç Noir circule, à côté de boscoane = « charme » comme aussi en Moldavie 9i, borsocoaie = revenant, fée méchante qui prend le lait des vaches et fée ; slovaque « bosorka même signification, sorcière, diseuse de bonne aventure93. La forme roumaine présente la métathèse de le’ « r » devant « s ». « Code » et cocis = voiture. Dans la Slovaquie orientale il y a « koe » = voiture, koeis = cocher94; « obroc » = fourrage, avoine pour les chevaux, comme le slovaque «obrok»95. La forme hongroise est «abrak». «Oblo-kar » = menuisier qui fait les châssis des fenêtres < « oblok » = fenêtre, connu 83 D. §andru, Enquêtes linguistique, «Bulletin linguistique », I — VI. Em. Pe t r o vici, Le parler de Cris et du Someç en Transylvanie, 72, 1941, p. 551 — 558. T. T e a h a, Graiul de pe cursul superior al Vaii Criçului Negru, 1957. Inst, lingv. Acad. R.P.R., mss. 80 Peut-être < i.-e. kualu, gr. kale — rupture d’une veine du corps, lat. culus, lit. slave kila. En slovaque on dit: kto ma kily — qui a du pouvoir, de l’influence. J. H o 1 u b - F r. K o p e c n ÿ, Etymologiekÿ slovnik jazyka ceského, Prague, 1952, p. 196. M. K à 1 a 1, Slovensky slovnik z literatûry aj ndreci. Banska Bystrica, 1924, p. 237. 91 M. Kâlal, ouvr. cité, p. 840 — 841. A. V. I s a c e n k o, Slovensko-ruskÿ prek-ladovÿ slovnik, Bratislava, 1950, p. 271; kefa na vlasy = brosse à cheveux; kefa na saty = brosse à habits. 92 Tiktin. enregistre seulement «boscoane» en Moldavie «Zaubermittel» et renvoie au gr. vaskanie. Il y a aussi le verbe « a bosconi » (Rum-deutsches Wörterbuch, p. 214). 93 M. K à 1 a 1, ouvr. cité, p. 35. A. V. I s a 6 e n k o, ouvr. cité, p. 40. 94 M. Kâlal, ouvr. cité, p. 248. A. V. Isacenko, ouvr. cité, p. 280. 95 M. Kâlal, ouvr. cité, p. 396. P. T v r d y, Frazeologickÿ slovnik, Prague-Preçov, 1933, p. 351. 185