Si l’on étudie ce problème d’après la méthode comparative, en tenant compte de la situation des pays slaves, on constate que dans ces pays qui ont fourni les modèles de l’historiographie slave de Moldavie, ont existé des chroniques officielles de la cour au service de toute sorte de desseins politiques. En Bulgarie le tzar Caloian (1197—1207) dans ses lettres adressées au pape réclame pour lui le titre impérial porté par ses prédécesseurs « ainsi que nous l’avons trouvé écrit dans nos livres »39. En Russie, nous avons vu d’après la démonstration de l’historien Lihacev, qu’à la base des chroniques se trouve l’initiative de la cour des princes (cnèzes). En Russie occidentale le prince Mistislav Danilovic (XIIIème siècle) écrit aux rebelles de Brest: « Votre trahison a déjà été consignée dans le livre des annales ». Le prince de Moscou Ivan III, beau-père, comme on sait, de la fille d’Etienne le Grand, envoie un messager aux citadins de Novgorod « pour leur démontrer les injus-lices commises par eux, selon les anciennes chroniques40 ». Ces chroniques étaient donc écrites à la cour des princes souverains, dans un but pratique, nettement politique. Or l’analyse des chroniques moldaves du XVème siècle nous mène au même résultat, celui de l’éxistence d’une chronique de cour, résultat auquel aboutissent les conclusions formulées par nous jusqu’ici. En effet, nous avons démontré que toutes les chroniques traitant de l’histoire moldave du XVènK' siècle dérivent d’une seule chronique, prototype unique de toutes les versions connues. Ce fait change les données du problème, car il ne peut plus être question de chroniques désignées à tort comme de Bistrita, de Poutna, ou de Slatina, mais d’un texte unique de la chronique de la Moldavie. Mais si les chroniques sont censées avoir été écrites dans des monastères, pourquoi ne trouve-t-on qu’une seule chronique, pour tant de monastères? En échange, il n’existait qu’une seule cour voivodale. La chronique, unique prototype de toutes les variantes, a connu une large circulation, a subi de nombreuses adaptations dans les langues polonaise, russe, allemande. Mais pour une connaissance plus exacte des réalités moldaves l’étranger n’aurait pas eu recours à des chroniques non officielles, écrites dans des monasterès. Enfin comment les russes, les polonais et les allemands se seraient tous adressés à un même texte?. La fait que cette chronique est communiquée à l’étranger dans des buts sûrement diplomatiques prouve son caractère officiel de chronique de cour. Mais la circulation de cette chronique à l’intérieur du pays est encore plus éloquente en ce sens. On sait que les auteurs des chroniques moldaves du XVIème siècle, Macarios, Euthyme et Azarie, sont des écrivains de cour et déclarent avoir écrit leurs chroniques par ordre des princes 41. Mais ces chroniques de cour sont le prolongement direct des chroniques slaves du XVème siècle. Macarios prend la suite à partir de l’endoit où s’achève la chronique du XVème siècle, c’est à dire de la mort d’Etienne le Grand. De même, dans ses deux manuscrits la chronique de Macarios est précédée de la chronique du XVème siècle. Il ne peut être question d’une juxtaposition tardive, car 39 Hurmuzaki, Documente, I, 1, p. 2 (de l’année 1202). 40 Bestuchew — R j u min, Quellen und Literatur zur russischen Geschichte, Fellin 1875, p. 9 et 11. 41 I. Bogdan, Vechile cronici, p. 162. Idem, Letopiseful lui Azarie p. 152, 189