Or, si les mots relatifs aux pratiques rituelles, à la liturgie et à la hiérarchie ecclésiastique se rattachent au grec, au vieux-slave surtout ou encore au grec par le canal de ce dernier 4, il est naturel de se demander si l’affermissement continu de l’emprise de l’Eglise byzantine de rite slave sur les Roumains depuis le moyen âge et son prestige 5 à leurs yeux n’ont pas entraîné la disparition de termes religieux d’origine latine encore en usage dans la langue d’il y a quelques siècles, et qui auraient échappé à la sagacité des chercheurs 6. Il nous semble à ce propos en avoir dépisté un, intercalé dans la vieille chronique valaque dite Letopiseful Cantacuzinesc, qui, au beau milieu du récit, pauvre et sec, des règnes du XVI-ème siècle, renferme la traduction roumaine d’un très important texte historique et hagiographique, la Vie du patriarche Niphon. C’est ainsi qu’au passage regardant l’office qui se célébra durant la nuit du 14 au 15 août 1517 à l’occasion de la consécration de l’église du monastère nouvellement édifié à Curtea de Arges par le munificent voévode Neagoe Basarab, on lit les détails suivants : « Si dupa aceea îndatâ, începurâ bdenia si fâcurâ toatâ noaptea Igemonul, Patriarhul §i eu mitropolitii carii furâ mai sus ziçi, çi eu arhimandritul si eu egumenii, tôt stâturâ în picioare de se ruga eu rugâciune §i eu cântâri. Iar alti oameni to^i zicea : « Doamne meserere ! » §i sfârçirâ bdenia când se fâcea zio 7... 4 Cf. N. I o r g a, op. cit., II, p. 362 — 363 et § t. Metej, Istoria bisericii §i a vic(ii religioase a Românilor din Transilvania Ungaria, I, Sibiu, 1935, p. 29 — 30. 5 C’est par le prestige seul de l’Eglise officielle que l’on peut comprendre comment le nom même de Jésus-Christ — Iisus Hristos — nous vient du slave — Hcoyci. Xphctmt, —, au lieu de dériver du latin. L’existence de mots comme Dumnezeu, cruce, botez, a crede, « croire », etc-, exclut manifestement l’hypothèse trop absurde pour avoir jamais été formulée, que les Roumains auraient désappris le nom du fondateur même de leur religion. Il en est de même du mot Duh, « Esprit s (si. a^VX1)’ devant lequel s’est effacé sans laisser de trace le latin Spiritus. Ce phénomène se rencontre encore jusqu’à nos jours dans les vieux doublets roumains d’origine latine, mais si désuets maintenant, Nicoarü, « Nicolas », Vùsiu, « Basile », Medru, « Démètre », etc. victorieusement concurrencés par les formes plus officielles Nicolae, Vasile, Dumitru, etc., qui, elles, se rattachent directement au calendrier de l’Eglise d’Orient. 6 Comme c’est, par exemple, le cas des mots jeri, « servus dei » (cf. plus loin, p. 207, nos observations); botejune, «baptême», lâsâciune, «pardon»; scura, «purifier»; uraciune, «bénédiction»; vârgurâ, «vierge», etc. (voir O. Densusianu, op. cit., p. 493, 498, 500, 501, 568, etc.). Nous ne saurions retenir ici la forme Nostrâ Doamna Maria, «Notre Dame Marie», qui se lisait, aux dires de Hajdeu, dans un chant de guerre (remontant à Etienne le Grandi), consigné par le métropolite de Moldavie Dosoftei (XVIIe s.) sur un psautier appartenant, voici un siècle, à la bibliothèque du comte Swidzinski, à Kiev. La syntaxe douteuse de cette expression (comme aussi le mot angheli à c6i.é de ingeri et la mention de Sainte Parascève, dont les reliques furent apportées à Jassy en 1641) nous semble dénoter un faux patriotique du génial, mais trop romantique savant. Cf. la „Foi^a de istorie çi literaturà“ sub redac^ia lui B. P. Hajdeu, Iaçi, 1860, no. 1, p. 2 (les vers sont reproduits par T. T. B u r a d a, Ccrcetâri asupra muzicei ostâçeçti la Romini, dans „Revista pentru Istorie, Arheologie si Filo-logie“, VI, 1891, p. 69). 7 A. T. Laurian et N. Bàlcescu, Magazinu istoricu pentru Dacia, IV, nr. 3, Bucureçti, 1847, p. 264 (= N. Simache et T. Cristescu, Letopiseful Cantacuzinesc (1290 — 1688) . . . Buzàu, 1942, p. 98). Sur cette compilation exécutée par Stoica Ludescu à la demande de son protecteur, le stolnic Constantin Cantacuzène, cf. N. C a r t o j a n, Istoria literaturii romdne vechi, III, Bucarest, 1945, p. 234 — 239. 199