L’ÉMIGRATION DES BULGARES EN VALACH1E PENDANT LA GUERRE RUSSO-TURQUE DE 1806-1812 ( Résumé) L’émigration des Bulgares au Nord du Danube, processus permanent qui dura aussi longtemps que le peuple bulgare subit le joug féodal ottoman, a été très active pendant la guerre de 1806—1812. Les émigrants se sont établis dans le Sud de la Russie, en Moldavie et en Valachie. Si les établissements bulgares du sud de la Russie ont été étudies par l’historiographie bourgeoise russe et bulgare, l’émigration bulgare en Valachie n’a pas fait jusqu’à présent l’objet de recherches historiques. C’est elle qui constitue l’objet du présent article, qui utilise comme sources les archives soviétiques et roumaines, ainsi que certaines études qui, traitant d’autres problèmes, ont atteint en passant cette émigration aussi. On montre qu’avant la guerre, c’est-à-dire entre 1800—1806, l’émigration bulgare dans le Sud de la Rusie fut très massive, le duc de Richelieu, gouver-nateur de la région de Novorosijsk accordant de grandes facilitées à tous ceux qui s’y installaient. L’auteur est d’accord avec l’historien soviétique V. D. Ko-nobeev, qui met en évidence l’insistence du tzarisme pour attirer les colons bulgares dans cette région. On prouve avec des faits précis que tous les généraux russes qui ont commandé les armées du Danube: Mikelsohn, Prozorovski, Bagration, Kamenski, Koutouzov et Tchitcheagov ont essayé de réaliser ce désideratum. Parmi ceux-ci, le général Koutouzov se place sur le premier plan, car c’est lui qui a le mieux compris les intérêts de ces colons et utilisent les méthodes les plus humaines à leur égard. On montre encore que, bien que l’émigration au Nord du Danube se soit effectuée sans interruption, elle a connu quelques moments culminants, quand elle prit un caractère massif, lorsque des centaines et même des milliers de familles quittèrent leurs villages et leurs villes. Ces moments là constituent les quatres étapes de l’émigration, dont chacune est étudiée à part. L’auteur indique à l’aide de documents, les districts et les villages où les réfugiés s’établirent. Accordant au caractère de classe de ce processus historique une attention spéciale, l’auteur spécifie et montre la façon dont se sont manifestés les intérêts de classe du tzarisme ou de la noblesse de Valachie, en illustrant en même temps, par de nombreux exemples, la solidarité de classe entre les émigrés et les paysans roumains exploités par les propriétaires terriens. On précise que les réfugiés qui, avant a la guerre de 1806—1812, n’hésitaient pas a aller dans le Sud de la Russie, changent maintenant l’attitude, car ils espèrent que cette guerre abolira la domination ottomane sur la Bulgarie. C’est pourqoi, ils préfèrent non seulement s’établir en Valachie, mais ils cherchent à se fixer le plus prés possible du Danube, pour pouvoir revenir dans leur patrie à la conclusion de la paix. Quoique les généraux russes aient reccomandé au « Divan » (Assemblé) de Valachie d’accorder aux réfugiés une dispence d’impôts, la chose ne fit pas. Furent toutefois dispensés des impôts sur les moutons et les vaches, par les dispositions de Bagration, — les Serbes et les Bulgares établis en Olténie — de même que — en vertu des privilèges accordés en Avril 1811 par Koutouzov, les émigrés furent dispensés de quelques impôts dus au Trésor. En 57