178 MIHAI NOVICOV suit les thèmes romantiques de la lyrique de Lermontov et l’on établit certains parallélismes avec celle d’Eminescu. En même temps, on explique encore par la force intrinsèque du spécifique romantique, l’intérêt que nôtres contemporains manifestent à Lermontov. Si le réalisme critique a consacré une réaction positive au caractere chimérique des aventures romantiques les courants néo-romantiques de la fin du XIX siècle et du début du XX , refletent la soif d’idéaux, qui s’affirmait de plus en plus vivement au fur et à mesure que croissait la lutte révolutionnaire du prolétariat arrivé à sa maturité. La poésie de Lermontov, du cet « ésprit instabiable, d’une vitalité débordante» est reçue comme une poésie apparentée aux hommes du XX siècle notamment parce que,« en se déchargeant en explosions de haine et de révolte» elle affirme également la fidélité du poète aux idéaux de la beauté et de la dignité humaine. Les principales œuvres de Lermontov sont caractérisées à la lumière des principes généraux énoncés.« Le chant du Marchand Kalashnikov» est un poème d’une tenue classique, inspiré du folklore, mais renfermant des éléments rappelant les images romantiques. Le «Fuyard» est lui aussi d’inspiration folklorique et exprime exactement la révolte romantique de Lermontov. « Les trois palmiers» répondent par leur sujet aux échos tardifs de l’idée de Rousseau du rôle nuisible de la civilisation. «La confession», «Le boyard OrSa», « Mtziri» sont tout autant de jalons sur la voie vers la maturité parcourue par la poésie de Lermontov, depuis l’exotisme livresque par l’intérêt marqué pour l’histoire de Russie, intérêt dont l’inspiration remonte à Poushkine, jusqu’à un hymne lyrique à la gloire de la liberté. Dans «Mascarade», drame romantique vigoureux, apparaît pour la première fois un type demonique accompli, un homme supérieur, « suffisamment fort pour se rendre compte que dans un monde dominé par le cynisme, celui-là seul qui réussit à devenir tout aussi cynique que ceux qui l’entourent, peut conserver sa pureté et sa dignité». Le chef d’œuvre de Lermontov, le « Démon», est analysé à partir des rapprochements possibles énoncés déjà par Ibràileanu. Le thème romantique du « génie damne» est traité par Lermontov sous l’influence de problèmes typiquement russes. Son rebelle, à la différence d’autres rebelles romantiques, est un « empereur de la liberté et de la connaissance» ce qui fait que le poème, qui représente l’un des sommets atteints par le romantisme, en est aussi une négation, étant donné qu’il implique le renoncement à la position purement contemplative. La constatation que le romantisme détient en propre, en général, la contradiction insoluble entre l’esthetique contemplative et la soif d’agir, permet de conclure que cette contradiction a éclaté avec une vigueur particulière en Russie, pour trouver son expression la plus forte dans le roman de Lermontov intitulé « Un héros de notre époque», dans la personne de Petchiorine. L’existence d’éléments appartenant aux réalisme critique ne nie pas seulement le caractère romantique de cet ouvrage ; elle s’explique encore précisément par l’exploitation au maximum par l’auteur des vertus du romantisme. L’œuvre de Lermontov, bien que s’intégrant organiquement par l’un de ses côtés au romantisme européen annonce par ailleurs le développement futur et tout à fait original qu’atteindra la littérature russe. Si l’on admet généralement que le romantisme a préparé, en dépit de son caractère nonréaliste, mais par suite de l’exacerbation de ses contradictions, le triomphe ultérieur du réalisme critique, on peut ajouter que ce processus intime de transformations inexorable, comme un processus organique de développement littéraire, comme une loi de ce dernier a trouvé son expression la plus concentrée et la plus haute dans la création de Lermontov.