renouer les traditionnelles relations franco-turques et se servir de la Porte contre la Russie. Etant donné ces circonstances, le gouvernement français ne pouvait se compromettre en prenant sous sa protection Pasvanoglu. Talleyrand, tout en ne rejetant pas d’une façon catégorique les services des rebelles, laissa la question en suspens. Les émissaires de Pasvanoglu s’adressèrent alors au comte Morkov, l’ambassadeur de Russie à Paris. Morkov, ayant des instructions d’appuyer la Porte, les conseilla de déterminer Pasvanoglu à demander sa grâce. Pasvanoglu s’adressa aussi au cabinet de Vienne par l’intérmediaire d’une certain Athanase. Selon les références du commandant Mériage, le gouvernement autrichien lui donna des assurances de protection et de bonne volonté 1. En janvier 1802, Herbert Rathkeal rapportait au reis effendi que Pasvanoglu avait demandé qu’on lui permette de déposer sa fortune sur le territoire autrichien. Le reis effendi lui déclara que la Porte renoncerait à son droit de demander l’extradition de Pasvantoglu, au cas où celui-ci se retirerait en Autriche en emportant sa fortune. Le ministre turc et l’internonce discutèrent même la possibilité d’envoyer Merkelius, l’agent autrichien à Bucarest, pour traiter avec Pasvanoglu sa retraite en Autriche 2. La prise de tout le pouvoir par les janissaires à Belgrade avait ouvert de nouvelles perspectives à Pasvantoglu. Démuni de ressources pécuniaires, obligé de fabriquer de la fausse monnaie à un tel point qu’elle n’était plus reçue 3, Pasvanoglu, à l’arrivée de l’hiver, envoya une partie de ses troupes rejoindre l’armée turque 4, en tâchant de consolider ses positions avec ce qui lui restait 5. En Bulgarie l’état d’anarchie s’était aggravé. Djurdgi Osman Pacha, l’ancien gouverneur de la Roumélie, gardait ses troupes et menaçait de se soulever ouvertement contre la Porte. Trâstieniklioglu combattait avec acharnement llikioglu, l’aïan de Silistrie, malgré l’ordre de la Porte de faire cesser toute lutte entre aïans. Les détachements de Pasvanoglu et les bandes de Kirjalis saccageaient les localités de Bulgarie, semant partout la terreur et le désespoir 6. V. S. Tamara chargea P. Fonton, premier drogman de l’ambassade russe de discuter «ouvertement» avec le reis effendi du danger que constituait la poursuite des luttes intestines dans les Balkans et de suggérer la possibilité d’une assistance armée de la Russie7. Ces propositions inquiétèrent à la Porte et les préparatifs pour la concentration de nouvelles forces s’intensifièrent. Vers la même époque, Pasvanoglu, suivant probablement les recommandations de Morkov, s’adressa au gouvernement russe, par le canal du Consulat général de Russie à Jassy. Calinique, l’évêque de Vidin, écrivait à V. F. Mali- 1 « La Revue Slave», no. 1/1906, vol. II, p. 140. a L. I. POPOV, op. cit., p. 68—71. 3 A.P.E.R., Fonds Consulat Général de Russie à Jassy, dos. 23/1802, f. 3—4. 4 Ibidem, dos. 2/1801, f. 45. 6 Ibidem, dos. 23/1802, f. 11—12. 6 A.P.E.R., Fonds Consulat Général de Russie à Jassy, dos. 23/1802, f. 15, 16, 19—20. 7 Le rapport de P. Fonton du 14/26 janvier 1802, A.P.E.R., fonds Chancellerie, dos. 2222/1802, f. 29. 500