DE LA QUESTION ^ORIENT 5 s’en approprier les morceaux ; les autres préfèrent maintenir la souveraineté du Sultan et l’intégrité de ses Etats dans l’espoir d’y exercer une influence prépondérante ou d’en exclure leurs rivaux- Mais, selon les fluctuations des intérêts et le hasard des circonstances, ce ne sont pas toujours les mêmes acteurs qui jouent le même personnage; comme dans le duel d’Hamlet et de Laërte, les adversaires, dans la chaleur de la lutte, font l’échange de leurs armes sans interrompre le combat. C’est un chassé-croisé de ce genre dont nous voudrions précisément montrer les origines et les causes en suivant l’évolution de la question d’Orient. Nous prendrons pour point central de notre étude la guerre de 1877 et le Congrès de Berlin qui marquent, dans les rapports de l’Empire ottoman avec les peuples qui l’habitent et avec les grandes puissances européennes, un instant culminant. Nous verrons comment, à travers des crises successives, les conséquences de ces grands événements se sont parfois développées à l’encontre des prévisions des politiques qui en avaient réglé la figuration et machiné l’intrigue; nous trouverons, chemin faisant, des indications de nature à nous faire comprendre en quels termes se posent aujourd’hui les divers problèmes dont l’ensemble constitue la « question d’Orient ». À travers les complications orientales, si l’on veut chercher un fil conducteur, il faut d’abord se rendre compte de la contradiction initiale qui pèse sur la politique européenne dans l’Empire ottoman et qui l’oblige, quoi qu’elle fasse, à se désavouer sans cesse