AU SEUIL DU XXe SIÈCLE 115 milliers d’exemplaires, ces cartes passent sous les yeux des libraires, du public qui regarde la vitrine, de l’envoyeur, des employés des postes, du facteur, du destinataire, de sa famille et de ses amis. Elles insinuent ainsi lentement, mais continuellement, les idées prussophiles à une foule de gens. Le caractère antiautrichien des dessins s’accentue suivant le développement de la campagne pangermaniste. L’un des derniers représente l’aigle des Hohenzollern broyant dans ses serres la couronne des Habsbourg. Des cartes postales aussi gravement tendancieuses surgissent maintenant de tous côtés. Au début, la police autrichienne les a saisies; puis, soit qu’elle ait reçu l’ordre de laisser faire, soit qu’elle se soit lassée, la répression a cessé, Cette propagande par l’image a dû être jugée très efficace, car une société importante de Munich, YOdin Verein (1), s’est consacrée à l’édition de ces dessins prussophiles, et tout spécialement de ceux dont l’objet est de soutenir le mouvement en faveur du protestantisme, qui, comme on va voir, est devenu un des plus sûrs instruments de l’action pangermaniste. L’agitation, motivée uniquement par les ordonnances du ■comte Badeni, manquait d’ampleur. En dehors de la Bohême et de la Moravie, le mensonge de la « slavisation de l’Autriche » pouvait bien surexciter les populations allemandes momentanément, mais ce procédé artificiel allait devenir inefficace. Il fallait trouver un moyen d’étendre la propagande d’une façon directe et permanente à toutes les parties de l’Autriche où vivent des Allemands. Ce moyen, on crut le trouver dans une lutte contre le catholicisme. Le Dr Hasse, luthérien fanatique, l’avait en horreur. Pour lui, comme pour tous les Prussophiles, l’Autriche doit redevenir protestante. La cause du « germanisme » l’exige. « Si l’Autriche devient un pays slave, la faute en sera aux fa» (l) V. P. 204.