AU SEUIL DU XXe SIÈCLE 29 Quand ce document fut connu, la joie devint immense dans toute la Bohême. Les Tchèques pensaient avoir atteint le but de leurs efforts. Les 9 et 10 octobre 1871, la Diète de Prague vota les articles fondamentaux qui devaient régler la nouvelle position de la Bohême dans la Cisleithanie. On avait compté sans l’impérieuse politique prussienne. A ce moment même, M. de Bismarck venait de réaliser le chef-d’œuvre de sa diplomatie; la France était vaincue et l’unité allemande fondée. Déjà le ministre de Guillaume I" entrevoyait l’immense champ d’action du nouvel empire. L’Autriche était un instrument indispensable à la réalisation de ses plans ultérieurs, mais, pour qu’elle pût remplir ce rôle, le « germanisme » devait y conserver la prépondérance. S’il était appliqué, le « fédéralisme » allait la détruire en donnant la majorité aux Slaves. Bismarck n’hésita pas. Il dépêcha près de François-Joseph le roi de Saxe, avec une mission qu’on assure avoir été impérative. Les Hongrois, dont les intérêts concordaient avec ceux de la Prusse, agirent à Vienne dans le même sens. Encore ébranlé par le rude coup de Sadowa, voyant la France vaincue, François-Joseph, réduit à l’impuissance, céda. Il renvoya le comte Hohenwart et confia le pouvoir au comte Auersperg, qui, revenant sur tous les engagements pris, restaura le « germanisme » dans toute sa puissance. Cette période fut pour les Tchèques une des plus douloureuses de leur histoire ; leurs efforts toutefois n’étaient point complètement perdus, puisqu’ils avaient eu pour résultat d’établir d’une façon péremptoire la légitimité des droits du royaume de Bohême (1). Glanzes und der Macht bewusst, welche dieselbe Uns und Unseren Vorfahren verliehen hat, eingedenk ferner der unerschütterlichen Treue, mit welcher die Bevölkerung Böhmens jederzeit Unseren Thron stützte, erkennen wir gerne die Rechte dieses Königreiches an und sind bereit' diese Anerkennung mit Unserem Krönungseide zu erneuern... (i) Sur le droit d’État de la Bohême, consulter Das böhmische Staatsrecht, du Dr K. KrarnarScli. Imprimerie de la « Zeit », Vienne, 1896.