AU SEUIL DU XX' SIECLE 13 Le troisième groupe est celui des irréductibles. Partant du principe que la renaissance des Slaves et surtout des Tchèques devait être impossible, les Allemands qui le forment considèrent qu’elle ne saurait être juste. Dans cette lente dépossession de leurs privilèges, ils voient une violation de leurs droits. Pour eux, la perte de la suprématie I équivaut à l’oppression. « Il n’y a pas aujourd’hui dans toute l’Europe un second peuple se trouvant dans un sem-Î blable état de plus grande faiblesse politique, de plus amère Idétresse nationale que les Allemands d’Autriche... Ils luttent actuellement d’une manière décisive, et de l’issue de ce combat dépend la question de savoir si l’clément germanique en Autriche sera pris encore en considération (1). » L’exagération évidente de ces plaintes s’explique par l’exaspération où les dernières élections et surtout les ordonnances du comte Badeni ont mis les fanatiques du « germanisme » . Dès lors, poussés au dernier degré de la colère, ils n’hésitent pas à employer les procédés les moins admissibles. Sous peine de malédiction nationale, leurs journaux invitent tout Allemand, en mesure de le faire, à enlever aux Slaves leurs moyens d’existence. « Plus d’ouvriers, plus de serviteurs tchèques. Donnez-leur congé, même s’ils vous suppliaient à genoux de les garder (2). » Ces conseils, «lignes des Teutons du premier âge, ont été suivis à la lettre. Dans l’été de 1897, plusieurs centaines de familles tchèques ont dû abandonner Aussig, Komotau, Eger. Dans cette dernière ville, la mesure a été radicale ; même les petits commerçants qui s’y étaient installés il y a vingt-cinq ou trente ans, et qui jamais n’avaient fait de politique, ont été contraints de s’exiler. Depuis, ce système d’expulsion (1) Volkszeitung. Reichenberg, mars 1899. |l ^ C><é par le député K. Baxa, dans son discours à la Diète de Bohême, (. 18 janvier 1898. Ce discours est a lire en entier. Il contient un nombre considérable de faits contrôlés établissant l’incroyable violence des Allemands envers les Tcheques. Il a été publié en fraucais. E. Beaufort, Prague, 1898. r