42 L’EUROPE ET LA QUESTION D’AUTRICHE Autrefois l'Allemand de Vienne tenait dans le Bund la première place; puis, perdant la domination de l’Allemagne, il s’est vu successivement chasser de l’Italie, de la Ga-licie et de la Hongrie ; il est menacé aujourd’hui d’être dépossédé en Bohême et dans le pays slovène; la force même des choses ne l’amène-t-elle pas à ressentir une répulsion instinctive pour tout ce qui est slave? Mais, il importe de le remarquer, cette intransigeance est loin d’être absolue. En dépit des démonstrations tapageuses que les Allemands du centre de l’Autriche font parfois contre les Slaves, si l’on observe la tendance générale de leur évolution, l’opposition qu’ils font au « fédéralisme » apparaît en voie de diminution progressive. Aussi des « leaders « fort autorisés des partis slaves espèrent-ils parvenir à une entente avec ces Allemands dont l’opposition n’est pas invincible. M. Lueger, personnalité la plus marquante de ce groupe, et dont les dernières élections au conseil municipal de Vienne ont confirmé la popularité croissante, pourrait contribuer puissamment à assurer le succès de cette œuvre pacificatrice. Malheureusement les déclarations fâcheuses qu’il a cru devoir faire récemment contre le droit d’État de la Bohème montrent que le moment de l’accord n’est pas arrivé. Il n’y a pas lieu toutefois de désespérer de l’avenir. Quiconque a suivi M. Lueger dans sa vie politique connaît sa valeur et ses progrès. Si l’on tient compte du chemin déjà parcouru, il est permis de penser qu’il finira par se rendre lui aussi à l’évidence et comprendra l’impérieuse nécessité d’une entente avec les Slaves. On peut ainsi considérer les Allemands du second groupe comme étant susceptibles de se fondre un jour avec le premier. La puissance numérique de celui-ci se trouverait doublée, le nombre d’Allemands de la nuance Lueger pouvant être évalué à trois millions environ (1). (1) V. p. 54 comment ce chiffre a été obtenu.