166 L’EUROPE ET LA QUESTION D’AUTRICHE mal accueilli à Berlin. La Prusse avait alors une industrie moins bien outillée que celle de l’Autriche, et, à Potsdam, on comprit aussitôt que l’Union douanière réalisée permettrait aux Habsbourg d’établir solidement leur suprématie sur le monde germanique. La réponse du gouvernement de Berlin fut donc réservée et dilatoire. Le 21 juillet 1850, la chancellerie de Vienne revint à la charge. Personnellement, le président du conseil des ministres prussien von Manteuffel eût été assez disposé à répondre favorablement; il invita même le plénipotentiaire de François-Joseph à venir discuter à Berlin les bases de l’Union douanière. Mais l’opinion de Manteuffel ne fut pas partagée par son prince, et, dans les conférences qui eurent lieu à Dresde en 1851, la Prusse accentua sa répugnance à accéder aux propositions de la cour de Vienne. Celle-ci insista encore l’année suivante, puis finit par se résigner, comprenant enfin que la résolution de ne rien faire, prise à Berlin, était inébranlable. Aujourd’hui, les rôles sont renversés. Vienne ne domine plus Berlin, mais Berlin domine Vienne, et les Hohen-zollern écrasent les Habsbourg de leur puissance. Ce sont eux maintenant qui veulent établir leur hégémonie sur le continent germanique ; aussi, sont-ce les Pangermanistes, fidèles serviteurs de la Prusse, qui reprennent au profit de cette puissance le projet d’union douanière austro-allemande. Les Autrichiens peuvent-ils l’accepter? La supériorité de l’outillage allemand sur leur outillage n’est pas douteuse. Qu’âtlviendrait-il de leur industrie si l’Europe centrale, depuis la mer du Nord jusqu’à l’Adriatique, ne formait plus qu’un seul territoire économique? Sans doute, les régions agricoles de la Cisleithanie auraient un débouché plus vaste pour leurs produits ; mais, précisément, ces régions à excédents agricoles comme la Galicie et le pays slovène sont habitées par des Slaves fédéralistes ; un simple avantage commercial ne les ferait point