AU SEUIL DU XX8 SIÈCLE 155 ils peuvent espérer obtenir de nouveaux avantages ; au contraire, le jour où la Galicie serait rendue indépendante sous une direction purement polonaise ou annexée à la Russie, ils n’auraient plus rien à attendre de l’avenir. Le cas des Slovènes et des Serbo-Croates est moins compliqué. La simple vue de la carte suffit à établir que seul le « fédéralisme « peut assurer leur développement national. Ils en sont profondément convaincus ; aussi se solidarisent-ils avec les Tchèques, sachant bien que la victoire des Bohèmes rendra la leur possible ensuite. Tous les peuples slaves ont ainsi un intérêt certain à l'existence de la Cisleithanie. Cette constatation permet d’apprécier maintenant la nature véritable de ce qu’on a appelé le Panslavisme des Slaves d’Autriche. Parce qu’aux moments critiques de leur renaissance nationale, les Slaves cisleithans et surtout les Tchèques, après la déception de 1867, se sont tournés vers la Russie, les Allemands ont propagé partout en Europe l’idée que les Slaves cisleithans travaillaient au démembrement de la monarchie des Habsbourg. « Les jeunes tchèques, dit le pan-germaniste K. Pröll, voudraient pour l’Autriche une nouvelle catastrophe de la Bérésina, afin que les Russes les prennent sous leur haute protection et qu’ils puissent ensuite détruire l’empire allemand (1).» Ces lignes récentes ne sont qu’une manifestation nouvelle de l’effort persistant fait pour vivifier cette théorie du Panslavisme, qui, en réalité, a perdu, au moins depuis trente ans, toute valeur politique. On vient de voir quels intérêts considérables engagent les Polonais et les Ruthènes à rester en Autriche. Quant aux Tchèques, leur individualité est trop fortement accusée « Die Jungczechen wünschen für Oesterreich eine neue Beresina Katastrophe, damit sie die Russen unter ihnen gnädigen Schutz nehmen und dann das deutsche Reich zerstören können. » Karl. Pröll, Die Kämpfe der Deutschen in Oesterreich, p. 120. Lüstenöder, Berlin, 1890.