168 LES PAYS BALKANIQUES. d’Asie, à quelques lieues de Constantinople, sans que le gouvernement fît rien d’efficace pour les sauver, et sans qu’il y ait eu, de leur part, de tentative de révolte. Un peuple qui montre une pareille douceur, est incapable, dit-on, de mettre fin par lui-même aux abus sous lesquels il succombe. Ces appréciations pourraient être contestées. Plus dure est la pression exercée sur les hommes par une double autorité politique et religieuse, plus violente est la réaction le jour où quelque accident vient ébranler leur foi religieuse et renverser les traditions qui les maintenaient dans l’obéissance et le respect. L’histoire en montre maints exemples depuis les guerres serviles de l’antiquité jusqu’aux révolutions sociales de nos jours. Il est d’ailleurs fort difficile et en outre assez inutile de chercher à prédire l’avenir du monde musulman, car nos habitudes occidentales de raisonner ne nous permettent guère de comprendre les évolutions de l’esprit oriental, ni d’en prévoir le développement. Cette société se modifiera comme se modifient toutes les choses de ce monde, mais par des voies différentes de celles qu’ont suivies les sociétés de l’Occident; c’est sans doute là tout ce qu’il est permis de dire à la prescience humaine. Les moyens de guerre dont dispose l’empire ottoman sont encore importants. 11 trouve dans les populations asiatiques une source de recrutement presque inépuisable, et, en Europe même, il lui reste de nombreux contingents de vigoureux soldats. La pénurie de son trésor, le désordre et l’imprévoyance qui sont les vices capitaux de son gouverne-