54 LES PAYS BALKANIQUES. Telle n’était pas encore la situation en 1877. Sans trop se préoccuper des dispositions du gouvernement roumain, les Russes effectuèrent leur concentration à la frontière de Moldavie; ils firent raccorder leurs voies ferrées aux chemins de fer roumains alors entre les mains d’une compagnie allemande ; ils traitèrent directement avec cette compagnie du transport de leurs troupes. Leurs armées entrèrent dans le pays et leurs généraux commandèrent en maîtres dans les villes roumaines. La situation était grave pour la Roumanie. Elle n’avait aucun intérêt à faire la guerre à sa puissance suzeraine ; le lien de vassalité était tellement relâché qu’il ne gênait plus ses progrès intérieurs, mais elle avait moins d’intérêt encore à faire cause commune avec les Turcs. Les Russes étaient chez elle, et la défaite de la Turquie n’était que trop facile à prévoir. Il fallait se décider pour ou contre. Les Roumains prirent bravement leur parti, bien qu’à contre-cœur ; ils mirent leurs troupes sur pied de guerre. Ils déclarèrent leur indépendance (21 mai) et l’on sait de quelle importance fut leur concours. Sans leur coopération à Plevna, la situation militaire des Russes devenait fort précaire ; on a même dit que c’était l’appui des Roumains qui avait décidé, en ce moment, du sort de la guerre. Ils n’en tirèrent pas un grand profit immédiat, puisque, à la conclusion de la paix, ils se virent forcés de céder à leur trop puissant allié, le territoire de la Bessarabie sur la rive gauche du Prutù, territoire peuplé par leur race et auxquels ils tenaient beaucoup, tandis qu’ils recevaient en échange la Dobroudja, sur la rive droite du Danube, pays habité, en majeure