LE PROLOGUE 21 à peu l’Allemagne entière jusqu’à lui faire prendre les armes pour secouer le joug napoléonien. Sans doute, ce sentiment national ne sera-t-il, malgré tout, pas assez puissant pour ne pas s’effacer peu à peu, une fois l’oppresseur chassé, sans doute n’aura-t-il pas encore non plus la ténacité nécessaire pour imposer dès lors à la diplomatie européenne, si hésitante à l’époque, la constitution d'une Allemagne unifiée, sans doute les souverains allemands qui se lancent alors avec tant d’acharnement dans la guerre contre Napoléon ne sont-ils que faiblement inspirés par ce sentiment national allemand et combattent-ils, les uns, comme l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, surtout pour rétablir à leur profit l’équilibre européen, se venger d’Austerlitz, de Wagram, d’Iéna et d’Auerstaedt et arrondir leurs possessions, les autres, en général, pour garder, sous l’égide de la coalition, les territoires que leur obséquieuse servilité, pendant quinze ans, aux moindres gestes du grand empereur, leur fit obtenir ! Tout cela est certain ! Mais enfin, il n’en est pas moins également vrai que des individualités, comme, par exemple, le ministre prussien Stein1, 1. Stein (Heinrich-Friedrioh-Karl, baron de), né à Nassau le 26 octobre 1757, mort au château de Kappenbeig le 29 juin 1831, ministre de 1804 à janvier 1807, rappelé au ministère par Frédéric-(iuillaume III le 4 octobre 1807, travaille à la réorganisation de la Prusse et de l’Allemagne; son renvoi est alors exigé par Napoléon et il quitte le ministère le24 octobre 1808. RéfugiéenAutriche, puis en Russie (1812), suit les alliés à Paris et prend part au Congrès de Vienne; conseiller d'Etat en 1827.