POLITIQUE MÉDITERUANÉENNE 25 À point nommé arrive l’entrevue turco-soviétique d’Odessa, le 23 novembre. M. Coppolâ laissait percer le bout de l’oreille. Selon une coutume consciente, il accuse d’abord les journaux français, qui favoriseraient l’entente de Moscou et d’Àngora face à l’Italie et à l’Angleterre. Entrée en matière, mais simple feinte. Très vite, il dresse contre la France la Turquie kémaliste entière, orgueilleuse, maladroite : « Cette politique de turcophi-lie gratuite et conciliante qu’avec une incroyable constance, sur la foi des fadaises de Loti et de Farrère, pratiquent les Français, a procuré à la France de la part de la Turquie, qui ne respecte que la force, plus de désillusions, plus de dangers, plus d’humiliations dans le Levant qu’à toute autre puissance européenne : Loti conduit tout droit à Lotus... Ces encouragements et ces appuis à une entente russo-turque consolideraient la réputation de la France d’être, par jalousie, rancune ou égoïsme myope, une éternelle transfuge de la cause européenne... La France ne peut vraiment pas désirer que le Levant, et surtout l’Orient méditerranéen, soit peu à peu détaché de l’Europe, c’est-à-dire de cet Occident chrétien dont elle s’est si longtemps proclamée la première et principale championne. » Ce discours n’est pas mal bâti. Tout y est : la menace dans l’exorde, l’intérêt au premier point, l’appel aux traditions dans le deuxième, voire — comme Napoléon III partant pour la Syrie en 18B0 — l’invitation à la croisade. La péroraison est implicite; quitus pour un passé de querelles, retour à l’amitié latine, blanc-seing pour la conquête anatolienne. Autre soin : la S. D. N. sera conviée à envisager en perspective un nouveau mandat. Déjà la Grèce, alléchée par Constantinople, est à demi