l’ancien régime s’accomplissent de i8a5 à i844- Elles trouvent leur symbole dans l’éviction sans cesse plus complète de la langue latine, qui depuis Léopold II était redevenue prépondérante dans la vie publique, au profit de la langue magyare, vivante et nationale. Par cette éviction même, la Constitution semblait se rapprocher du peuple, prendre un caractère plus démocratique, plus universel, n’appartenir plus exclusivement à la noblesse possédante et légiste, nourrie de l’étude du latin ; l’auditoire auquel s’adressaient les discours s’élargissait ; derrière les comitats, c’est à la masse que parvenait l’écho des débats : le ton, dans l’assemblée, devenait plus vif ; le premier journal de la Diète paraissait sous la direction d’un jeune avocat, Kossuth. La Diète elle-même se sent ainsi plus forte ; elle demande au gouvernement des explications précises sur la situation militaire et extérieure, des justifications presque parlementaires, avant de lui accorder la levée qu’il sollicite. La Table des Ordres s’élève contre la prétention des magnats de s’isoler, de ne plus se considérer comme l’une des deux sections d'une assemblée une, mais comme une Chambre haute, investie d’un veto spécial contre les décisions de la Chambre basse. L’usage de compter les voix, c’est à-dire le vote de la majorité, remplace l'ancienne règle vota non numerantur, sed ponderantur. qui cherchait les vota saniora, et non les vota majora ; cette nouveauté, démocratique par elle-même, fait ressortir la condition inférieure des villes, réduites à une voix collective, et souligne ainsi l'un des plus graves inconvénients de la Constitution. En vingt ans, une transformation complète s’est petit à petit accomplie ; elle éclate à la Diète de i844, elle sera consacrée parle bouleversement de 1848. Le mouvement politique en Hongrie est national, par cela seul qu’il est libéral : il aspire à faire passer la domination politique d’une classe privilégiée au peuple tout entier. Mais si celle-là est homogène, celui ci est extrêmement divers. Des Slaves — Slovaques et Ruthènes dans les montagnes de la Haute Hongrie, Serbes dans la fertile plaine du Banat, Croates entre le Danube et la Save ; — des Roumains dans le Banat et surtout en Transylvanie ; des Allemands, groupés dans les montagnes de la Haute-Hongrie et sur la frontière autrichienne à l’Ouest, disséminés dans le reste du pays, nombreux dans les villes, surtout les deux capitales, Presbourg et Budapest, dans le Banat, en Transylvanie sous le nom de Saxons — forment avec les Magyars le peuple hongrois. Pas plus que le peuple, l’État n’est homogène. Le grand-duché de Transylvanie,1 réuni au moyen-âge au royaume de Hongrie, séparé de lui après