102 I.A DÉVOLUTION KT LA REACTION % les véritables intentions de la cour. Déclaré rebelle, il n aurait pasdù être admis à négocier. Mais le gouvernement hongrois n’était plus représenté à Innsbruck que par le ministre a latere : celui-ci, le prince Paul Esterhâzy, magnat conservateur, qui avait été ambassadeur sous Metternich, était moins ferme dans la défense de la Constitution que ses collègues. La députation de la Diète n’obtint aucun succès ; celui de Jelaéic fut d’autant plus grand. L’archiduc Jean, qui prenait une influence de plus en plus considérable, conçut de lui une impression très-favorable, et aperçut clairement la politique que la cour devait désormais suivre en Hongrie : une politique de balance entre les Magyars et les Croates, au profit de l’unité de la monarchie '. Il accepta de servir de médiateur entre le ministère de Pest et Jelacic, qui se trouvait ainsi relevé de sa condamnation. Avant de quitter Innsbruck, le ban s’assura encore un avantage sur le gouvernement hongrois. Celui-ci, malgré ses promesses, semblait vouloir désorganiser l’armée impériale ; il créait, sous le nom de garde nationale mobile, une armée hongroise, favorisée par des hautes paies et un avancement plus rapide. Un escadron hongrois ayant quitté de lui-mème sa garnison de Galicie pour l'entrer dans le pays, le ministre de la guerre le trouvait coupable sans doute, mais d’un « excès de patriotisme ». Jelaôic au contraire adressa d'innsbruek une proclamation aux soldats croates qui servaient en Italie, pour les exhorter à rester fidèles au serment prêté à l’empereur, et à ne pas déserter leur poste. Il n’y avait pas de meilleur moyen de préparer sa complète rentrée en grâce et de mettre, pour la cour, le droit de son côté. —De retour à Agram, il trouva la Croatie presque soulevée par les rescrits du 10 juin, excitée par l’insurrection populaire serbe qui venait d’éclater dans le Banat. 11 laissa encore à la Diète le temps de se prononcer contre le dualisme et pour l’unité de la monarchie, puis la prorogea, et se trouva maître absolu dans le pays. Le 26 juillet il se rencontra à Vienne avec Batthyâny, sous la médiation de l'archiduc Jean. Leurs conférences étaient condamnées d’avance à un échec : Bat-thyâny se retranchait derrière le droit formel de la Hongrie, Jelacic exigeait le retrait préalable des rescrits du 10 juin. Mais ce séjour à Vienne acheva de sceller l’entente entre le ban et les chefs de l’armée, de le sacrer défenseur de l’unité autrichienne. Il ne lui restait plus qu’à prendre les armes pour la faire triompher. Les événements poussaient la cour sans cesse davantage du I. Zwiedineck-Südenhorst, Dculche Gesch., 1806-71, II, 448.