¿A RÉVOLUTION (1848-1849) II5 mortel à la liberté de l’Autriche comme de la Hongrie. La députation repoussée quitta Vienne, non sans avoir fraternisé avec le parti radical, et renoué avec lui des relations qui devaient bientôt produire leurs résultats. Tandis que les ministres enlevaient le vote du Parlement, la cour achevait d’arrêter son plan d’action. Depuis le retour à Vienne, de nombreuses conférences avaient été tenues avec des Hongrois fidèles. Elles n'allaient pas sans quelque danger, tant étaient en éveil les soupçons du parti de Kossutli. Les magnats ne pouvaient se rendre à Vienne 'que sous des déguisements, se rencontrer avec des membres de la dynastie qu’avec les plus grandes précautions, la nuit, dans le parc de Schônbrunn. Le programme adopté consistait à envoyer en Hongrie un commissaire extraordinaire et plénipotentiaire pour pacifier le pays, dicter la loi aux Hongrois et aux Croates, et rétablir les rapports de la Hongrie avec l’Autriche à peu près sur la base de l’ancien régime \ Le comte Lamberg accepta ce poste peu enviable et le commandement supérieur de toutes les troupes en Hongrie. Sa mission devait être tenue secrète ; mais, par une indiscrétion, on en connut l’objet à Pest avant son arrivée. La teneur des rescrits dont il était porteur, le choix qu’on avait fait de sa personne, sa conduite, montrent que l’on était loin, à ce moment, d’un attentat à l’existence même de la Hongrie, tel qu’il fut commis quelques mois plus tard. Les' rescrits nommaient président du conseil le baron Vay, le plus libéral des conservateurs, ami d’Apponyi, et lieutenant royal en Hongrie un autre conservateur, l’ancien grand juge Georges Majlâth ; prorogeaient le Parlement jusqu’au Ier décembre ; chargeaient Lamberg de rétablir la paix du pays, et l’union séculaire avec le reste de la monarchie, sur la base de la Pragmatique Sanction. La nomination du commissaire royal, n’étant pas contresignée, était illégale ; mais sa personne même offrait des garanties à la Hongrie. Hongrois et patriote, il avait pris part, dans les rangs des conservateurs, aux luttes politiques d’avant 1848. Son premier acte fut un hommage aux lois existantes : il se dirigea vers Pest, pour faire régulariser sa nomination par le contreseing de Battbyâny, qui assurait l’expédition des affaires courantes. Batthyàny et ses amis étaient d’accord pour lui faciliter la tâche, car ils jugeaient que sa mission était plutôt favorable à la Hongrie, et dirigée contre les Croates. Par une fatale méprise, Lamberg et Batthyány se man- 1. Ce récit suit celui de Marczali, À iegúj. kor liirt., 678*-81, qui se Conde lul-méme sur les indications d’un homme d’État initié à tous ces événements.